Un grand et beau mec descend de sa moto rutilante, Ray-Ban noires vissées sur le nez. Un acteur, un mannequin ? Non, Julian Bugier, le présentateur du 20 heures du soir, qui franchit la porte d’un restaurant italien, près de France Télévisions. Il est 13 heures, on passe à table. Tout de suite, on remarque sa voix, grave et posée, qui vient appuyer un phrasé structuré, des idées claires, des réponses rodées. Le journaliste donne l’impression d’avoir planché sur l’entretien avant de venir. Il y a là des éléments de langage du type «devoir de neutralité» ou «c’est aux téléspectateurs de juger». Julian Bugier a quelque chose de la jeune garde politique, avec son air de premier de la classe plutôt courtois. Mais à 33 ans, il est, depuis quatre ans, le remplaçant des Pujadas, Delahousse et Lucet au JT de France 2. Bugier ne trouve pas les mots pour dire ce qui marque sa différence avec les titulaires. Et pour cause. Il est loin le temps des Bruno Masure ou PPDA qui marquaient de leur personnalité la grand-messe.
On se demande : comment un homme qui se dit «autodidacte» - pour ne pas être passé par une école de journalisme - en est-il arrivé là si vite ? Un élément de réponse : justement, parce qu'il n'est pas passé par une école reconnue. Julian Bugier a collé à ce qu'on attendait de lui, avec le zèle de celui qui vit une différence comme une faiblesse. Sa plume lisse répond manifestement à la demande de standardisation des grandes chaînes, soumises à la concu




