Ils avaient commencé à râler bien avant l'entrée en vigueur de la mesure, mais depuis le 1er août, les agents immobiliers parisiens ont au moins, disent-ils, de vraies raisons de le faire. Voilà un mois qu'ils se retrouvent à devoir expliquer à leurs clients pourquoi ces derniers n'ont plus le droit de louer leur bien au prix qu'ils souhaitent. «Les propriétaires ont du mal à comprendre, constate Vincent Frey, gérant d'une agence. Alors on leur dit qu'on est dans un pays socialo-communiste !»
Selon le professionnel, c'est pour les propriétaires de «petites surfaces» que les conséquences seraient les plus «dramatiques». «Des studios de 15 m2 au sixième sans ascenseur se louent aujoud'hui 300 ou 400 euros. Avec de tels prix, les bailleurs ne vont plus avoir envie de faire des dépenses pour en prendre soin.»
Alarmistes. William Boukobza, gérant de la société Immobilier sur mesure, cite l'exemple d'une cliente, «rentière», qui vient de mettre en vente ses trois studettes du XIVe arrondissement - «exactement le genre de biens visés par la loi» - «pour mieux réinvestir à Vincennes et Montreuil». Des communes qui, bien que limitrophes de la capitale, ne sont pas soumises à l'encadrement des loyers. William Boukobza, qui se dit personnellement «presque favorable à la loi» («peut-être parce que je suis jeune»), indique que comme cette femme, «certains pètent un peu les plombs et mettent tout en vente». Mais ils restent rares. Aucune augmentation notable n'a été enregistrée.
D'ailleurs, si certains agents sont alarmistes et caricaturaux - «les riches, ils vont acheter des tableaux plutôt que des biens immobiliers», lâche l'un d'entre eux -, d'autres tiennent un discours plus mesuré. C'est le cas de Hervé Saint Hilaire, de l'agence du même nom : «Je ne suis pas catastrophé pour les propriétaires. Certains y perdent, mais ça a quand même été fait avec une idée de prix réel de marché.» William Boukobza estime de son côté qu'«à peu près un quart des propriétaires comprennent la mesure. Et ce sont souvent les petits bailleurs».
«Compléments de loyer». Les agences assurent qu'elles se plieront évidemment à la loi, mais chez Immo Marais par exemple, on explique que «pour les surfaces de moins de 30 m2, on va systématiquement au maximum autorisé, soit +20 % par rapport au loyer médian. Et nos clients nous demandent s'ils ne peuvent pas aller au-delà.» Dans les faits, beaucoup le pourraient.
«Il y a des moyens de déroger», estime Hervé Saint Hilaire. Grâce à la ligne sur les «compléments de loyer» présente sur les nouveaux baux, il serait possible de passer outre l'encadrement au motif que le logement présente une «qualité particulière», sans que cette notion soit bien définie. Mais la jurisprudence va s'en charger.
S'il est trop tôt pour savoir si l'encadrement des loyers va faire grimper le nombre de contentieux, à la commission départementale de conciliation de Paris, on s'attend à une augmentation dans les prochains mois. «Mais il pourrait aussi y avoir de l'autocensure du côté des locataires, qui ne vont pas vouloir se mettre en bisbille avec leur bailleur.»




