L'encadrement des loyers, qui s'applique depuis le 1er août à Paris, n'a pas provoqué les catastrophes promises par les milieux de l'immobilier, très hostiles à cette mesure. Les propriétaires n'ont pas retiré du marché leurs logements. «Il n'y a pas de baisse des volumes des appartements mis en location», constate Sébastien De Lafond, président de MeilleursAgents.com, portail internet qui fournit des statistiques sur le marché de l'immobilier et qui compte 1 400 agences partenaires. Cette start-up de 120 personnes a réalisé une étude basée sur les annonces publiées par les sites internet leaders de l'immobilier (Seloger.com, Explorimmo.com, Logic-immo.com). Résultat : il y a autant offres locatives en août 2015 qu'au même mois l'an dernier. Les bailleurs n'ont pas fui. Autre constat : les effets de la loi commencent à se faire sentir sur le montant des loyers des logements proposés à la location.
Caricature
Avec l'encadrement, Paris est subdivisé en 14 secteurs : le prix demandé ne peut dépasser un plafond correspondant au loyer médian du quartier, majoré de 20 % (lire ci-contre). Caricaturé à outrance par les professionnels de l'immobilier, ce mécanisme mis en place par la loi Duflot ne «bloque» pas les loyers. En revanche, il empêche les abus et les excès, à l'exemple de ces chambres de bonne de 10 m² avec WC sur le palier louées jusqu'à 600 euros par mois. Ou des studettes de 16 m² à 800 euros.
Pour vérifier si les bailleurs respectent l'encadrement, le site MeilleursAgents.com a passé au crible les loyers figurant dans les annonces publiées entre le 1er et le 25 août. Il en ressort que 71 % des logements proposés à la location respectent le loyer plafond, et 29 % affichent des loyers supérieurs. Ça fait encore beaucoup de dépassements. Mais ils sont nettement moins nombreux que pour la période allant du 1er janvier au 31 juillet 2015, avant l'entrée en vigueur de la loi. «A l'époque, 46 % des loyers étaient au-dessus du loyer plafond», souligne Sébastien De Lafond. La part de loyers excessifs est donc en baisse de 17 points. «Evidemment, il conviendra de suivre tout cela à la loupe pour vérifier comment les choses vont évoluer dans les prochains mois», pointe De Lafond.
Si des professionnels de l’immobilier continuent à agiter toutes sortes de périls, les pouvoirs publics se veulent sereins. Les ventes de logements neufs sont à la hausse pour le troisième trimestre consécutif. Selon la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), elles sont dopées par les investisseurs qui achètent des logements pour les louer, en activant le dispositif fiscal institué par la loi Pinel, du nom de la ministre du Logement. Sur le premier semestre, les ventes dans le neuf ont augmenté de 19 % dont 66 % pour les investisseurs, par rapport à l’année précédente. L’encadrement ne provoque donc pas la panique annoncée chez les investisseurs.
«Bonne loi»
Sur le fond, tout le monde est d'accord : il faut construire davantage pour abonder l'offre locative, seule mesure susceptible de faire baisser dans la durée la fièvre des loyers. Cet argument défendu par les professionnels de l'immobilier est partagé par les pouvoirs publics, les associations de locataires ou de mal logés. Bâtir plus est une évidence pour répondre aux besoins. Problème dans les zones centrales des grandes agglomérations : il n'y a pratiquement plus de foncier disponible. Des solutions alternatives - comme les transformations de bureaux en logement ou les surélévations d'immeubles existants - se heurtent souvent à des problèmes juridiques, techniques ou de coûts. Si bien que face à une demande importante par rapport à l'offre, ce marché déséquilibré permet aux bailleurs d'ajuster sans cesse leurs loyers à la hausse. D'où la décision du gouvernement de les réguler, suscitant l'hostilité des milieux de l'immobilier. «C'est une bonne loi. Pour l'instant, on ne peut pas dire quel est l'effet direct de l'encadrement des loyers au bout d'un mois et demi. Ce que je dis, c'est que ça ne soulève pas les tempêtes qu'on nous annonçait», a souligné jeudi Jean-François Carenco, le préfet d'Ile-de-France, lors de sa conférence de presse de rentrée.




