Une délocalisation pour la bonne cause : le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, réunira samedi les élus de plus de 600 municipalités de France pour organiser l'accueil des réfugiés dans le pays. Le raout, qui devait se tenir place Beauvau, aura finalement lieu à la Maison de la chimie (VIIe arrondissement de Paris), plus apte à accueillir les quelque 1 000 personnes attendues. «Cette mobilisation est très positive et inattendue», glisse-t-on au ministère de l'Intérieur.
L'idée d'organiser un tel rassemblement est née la semaine passée, après que François Hollande a annoncé que la France était disposée à accueillir des demandeurs d'asile arrivés en Grèce, Italie ou Hongrie, dans le cadre d'un mécanisme européen de «relocalisation». Un effort finalement fixé à 24 000 personnes d'ici fin 2016 par le chef de l'Etat, en plus des demandes d'asile «classiques» (62 000 en 2014). Dans le même temps, de nombreux élus se sont manifestés pour faire part de leur souhait d'aider à l'accueil de ces futurs réfugiés.
La réunion de samedi, qui s'ouvrira à 10 heures, doit lancer «plusieurs mois et années de travail» pour l'hébergement et l'intégration des candidats à l'asile. Les élus qui feront le déplacement viennent de partout en France. «Toutes les couleurs politiques sont représentées, sauf le Front national», glisse le ministère de l'Intérieur. Grandes villes, communes rurales, le panel semble large. Une précision en forme d'euphémisme : «Le Sud-Est n'est pas la zone la plus représentée.»
«Sans lyrisme»
Après les interventions des représentants des pouvoirs publics (Intérieur, Ofpra, Fnars…), l'auditoire bénéficiera d'explications sur la procédure d'asile en France, «entrecoupées par des témoignages d'élus» forts de leur expérience dans le domaine. Une séance de questions-réponses est prévue pour conclure la réunion. Parallèlement, les maires volontaires devront remplir un formulaire afin de communiquer leurs capacités d'hébergement.
«Il s'agira d'une réunion très opérationnelle, sans lyrisme et bons sentiments», explique-t-on à Beauvau. L'Intérieur compte par ailleurs communiquer un objectif chiffré de «places souhaitées» et une évaluation de l'enveloppe budgétaire nécessaire. «L'Etat ne se défaussera pas et financera les éventuels travaux dans les structures d'hébergement, ainsi que la prise en charge sanitaire et sociale.»
Déficit d’hébergement
Les besoins sont criants : on recense aujourd'hui 25 000 places dans les centres d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada), alors que les nouvelles demandes fluctuent, depuis 2010, entre 50 000 et 65 000 par an. Un chiffre qui sera gonflé par la mise en place du programme de relocalisation. L'ouverture de 8 000 places supplémentaires est d'ores et déjà calée depuis l'annonce du «plan migrants» en juin, mais il faudra aller plus loin. Les municipalités seront donc sollicitées dans ce domaine, mais également pour le logement et l'accompagnement des réfugiés, qui, une fois leur statut délivré, doivent en théorie quitter les Cada. Aujourd'hui, ils se retrouvent souvent dépourvus.
L'Intérieur espère «dissiper les craintes éventuelles» des élus et «créer une dynamique pour inciter au volontariat». Cette montée en puissance du dispositif d'accueil doit bénéficier à tous les demandeurs d'asile, pas seulement aux 24 000 personnes «relocalisées».




