Emmanuel Macron, ce nouvel enfant terrible de la gauche, aime se présenter en «homme libre». Pour justifier ses dernières sorties fracassantes, il se dit «dans la vérité du moment où il parle». Alors prenons le ministre de l'économie au mot. Invité du Monde Festival ce dimanche, le ministre de l'Economie a été interrogé sur ses ambitions pour 2017. Voici sa réponse : «C'est une question d'un autre temps. On est en train de parler de la transformation du monde ou bien d'essayer d'en approcher les contours et il faudrait que la vie politique, elle puisse continuer à fonctionner comme elle fonctionnait dans les années 50.» Puis il poursuit : «Je pense qu'il faut aller à une élection pour exercer les fonctions qu'on veut exercer au moment où vous les exercez. Et donc, aujourd'hui, je n'ai pas envie d'être député en 2017. Beaucoup de gens qui disent ça, posez-vous la question, disent ou vous le présentent comme tel : pour être dans la vie politique, pour peser au parti, pour être qui ministre, qui Premier ministre, qui président de la République, il faut être député mais ça, c'est le cursus honorum d'un ancien temps.»
Donc, si l’on comprend bien le Macron dans le texte, il y a, dans le fait que nos ministres soient presque tous des élus du peuple, un étrange, voire un dangereux archaïsme. Même si le ministre est un jeune homme brillant et probablement très cultivé, il lui arrive aussi de dire et de penser de belles inepties. Celle-là en est une. Et une énorme. Evidemment, Macron parle, là, de lui-même. Il veut nous dire en creux, que lui, l’ex-banquier de Rothschild, l’ancien conseiller du Président, n’a pas moins de légitimité qu’un élu du peuple. Probablement qu’il pense même que pour «réformer» un pays (comprendre le libéraliser), lui, le ministre issu de la société civile, peut aller plus loin, plus vite, plus fort puisqu’il n’a de compte à rendre à personne. Puisqu’il est un «homme libre».
Emmanuel Macron se trompe. Et il se trompe au moins deux fois. D’abord, il va sans dire que sur une échelle de Richter de la légitimité politique, le député restera toujours à un niveau éminemment supérieur à celui d’un banquier ou d’un plombier. Pour la simple raison que l’élu porte le pouvoir souverain du peuple. Il le représente. Il lui rend des comptes. Et remet en jeu tous les cinq ans son mandat. «Homme politique» n’est peut-être pas un métier. C’est beaucoup plus que cela : le pilier de notre vie démocratique qui porte un bout de cette volonté générale, chère à Jean-Jacques Rousseau. L’autre erreur de Macron est de chercher à placer sa critique sur le terrain d’une prétendue «modernité». La crise politique que traverse notre pays est moins celle de l’élu que celle du contrôle démocratique. Il y a un sentiment, peut-être injuste mais puissant dans l’opinion publique, que notre classe politique a pris la vilaine habitude de travailler avec un chèque en blanc. Une fois arrivée au pouvoir, elle donne trop souvent le sentiment d’oublier le mandat qu’on lui a confié. La revitalisation de notre vie démocratique ne viendra pas du dénigrement de l’élu, mais au contraire d’un effort de sacralisation du pouvoir de délégation du citoyen. L’homme politique n’existe que par le peuple et pour le peuple. Et à cette aune, Emmanuel Macron n’est aujourd’hui rien du tout.




