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Taxe de séjour

Palier par palier, Airbnb assoit sa stratégie

En acceptant de collecter la taxe de séjour au profit de la ville de Paris, le site de location est rentré dans le rang après avoir bousculé les règles.

Des employés de Airbnb Paris, en avril 2015. (Photo Martin Bureau. AFP)
Publié le 29/09/2015 à 20h06, mis à jour le 03/10/2015 à 16h08

Airbnb veut ménager ses relations avec la ville de Paris, première destination mondiale pour les réservations d'appartements effectuées sur son site. La capitale française est au cœur de son modèle économique, avec d'autres grandes métropoles comme New York, Londres, Barcelone ou Los Angeles. Après avoir effectué une percée commerciale spectaculaire sur le marché de la location touristique à Paris (parfois au détriment du logement des Parisiens), la plateforme veut calmer le jeu avec les autorités municipales. Depuis jeudi, elle collecte directement et reverse à la ville de Paris la taxe de séjour des touristes qui passent par son site. «Une ligne nouvelle va apparaître sur le reçu des voyageurs. La taxe viendra automatiquement s'ajouter au prix du loyer payé lors la réservation. C'est simple et efficace», explique Nicolas Ferrary, directeur France de Airbnb.

Jusqu'ici, ces visiteurs échappaient de fait à la taxe (d'un montant de 0,83 euro par nuit) due par tout touriste qui vient à Paris. En théorie, c'est aux propriétaires de la recueillir auprès de leurs hôtes et de la reverser à la ville. En réalité, peu de loueurs se plient à la règle. Prises individuellement, les sommes en jeu peuvent en effet paraître modestes : 11,62 euros de taxe pour un couple qui séjourne sept nuits à Paris. Mais si l'on considère que des centaines de milliers de touristes séjournent désormais dans la capitale en passant par ces plateformes de réservation, le produit d'une telle taxe est loin d'être négligeable. Pas moins de 900 000 touristes sont venus à Paris du 1er janvier au 31 août 2015 en passant par Airbnb. De tous petits ruisseaux fiscaux peuvent faire de grandes rivières.

Offre locative exsangue. Encore faut-il parvenir à collecter. C'est ce que propose de faire Airbnb. «Le processus est entièrement automatisé et simplifié pour tout le monde. Au total, cette taxe va rapporter plusieurs millions d'euros par an à la ville», indique Nicolas Ferrary, qui refuse néanmoins de donner un chiffre précis. La possibilité d'une collecte directe de la taxe de séjour par les plateformes a été prévue par un décret publié début août par le gouvernement. Mais rien d'obligatoire pour les sites internet.

Airbnb est le premier à se porter volontaire. Une décision qui vise manifestement à apaiser les relations tumultueuses qu'elle entretient avec l'Hôtel de Ville. La municipalité estime que la plateforme et ses concurrents (HouseTrip, Lodgis, Homelidays, Paris Attitude, Abritel…) sont responsables de la «dérive des meublés touristiques», qui a aggravé la crise du logement dans une capitale où l'offre locative est déjà exsangue. D'un clic, il est en effet désormais possible de réserver depuis New York, Tokyo, Shanghai, Buenos Aires, ou Berlin un appartement à Paris.

Si la mise en location par les Parisiens de leur propre appartement quelques semaines par an (quand ils sont en vacances) ne pose aucun problème, il en va autrement des logements transformés en meublés touristiques permanents. Les facilités de la location en ligne ont permis ce basculement : des studios, des deux-pièces, loués jadis à des personnes vivant et travaillant à Paris, ont été soustraits du parc locatif ordinaire pour devenir des ersatz d'hôtels. Partie des quartiers historiques (Marais, île Saint-Louis, Odéon, Palais-Royal, Saint-Germain-des-Prés…), la déferlante s'est étendue - dans une moindre mesure - à tous les arrondissements.

Appât du gain. Selon la ville de Paris, entre 25 000 et 30 000 logements sont devenus des meublés touristiques à plein temps. Autant d'habitations en moins pour les Parisiens. Loués à la journée, à la semaine ou au mois, ils peuvent rapporter des sommes considérables : plus de 3 000 euros par mois pour un deux-pièces bien situé. L'appât du gain fait des émules. En toute illégalité : il est en effet interdit de faire muter un logement vers une fonction commerciale qui est l'apanage de l'hôtellerie.

Pour se faire une place de choix dans le tourisme mondial, Airbnb et ses concurrents se sont peu souciés de ces règles à leur début. Toute offre de location était bonne à prendre. Devenu un acteur incontournable dans son secteur d'activité, Airbnb veut à présent asseoir sa position et cherche à rentrer dans le rang. «Dans toutes les villes où Airbnb se développe, nous allons à la rencontre des pouvoirs publics, explique Nicolas Ferrary. On se met à leur disposition pour discuter des sujets relatifs à notre développement. Celui de la perception de la taxe en faisait partie.» Le directeur de la plateforme annonce même qu'il va étendre cette collecte de la taxe de séjour à toutes les villes françaises où il est présent pour «faciliter la vie aux mairies et aux hébergés».

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