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Récit

Pierre Giacometti rattrapé par les sondages de l'Elysée

L'ancien conseiller en communication de Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour «recel de favoritisme».

Pierre Giacometti, directeur général de l'institut de sondage Ipsos-France, en 2006, à Paris. (Photo Stéphane de Sakutin. AFP)
Publié le 29/09/2015 à 19h07

Par cercles concentriques, l'affaire des sondages de l'Elysée continue à se rapprocher de son ancien locataire. Après Patrick Buisson, mis en examen fin juillet pour «recel de favoritisme», «abus de biens sociaux» et «détournements de fonds publics par un particulier», c'est au tour de Pierre Giacometti d'être mis en examen pour «recel de délit de favoritisme». Ancien patron d'Ipsos, le conseiller en communication a facturé à l'Elysée pour plus de 2,1 millions d'euros de sondages entre 2008 et 2012 à travers sa société «Giacometti Peron». Des prestations réalisées sans le moindre appel d'offres, comme l'exige pourtant le code des marchés publics. La pratique n'en était pas moins courante à l'Elysée : entre 2007 et 2012, Nicolas Sarkozy a fait procéder à des centaines de sondages, tous commandés et payés par le château sans aucune mise en concurrence. Plus de dix millions d'euros de dépenses pourraient être entachés d'illégalité, selon le calcul des policiers de la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE).

Contrairement à Buisson, qui a commandé lui-même des dizaines de sondages avant de les refacturer à l'Elysée avec des marges indécentes, Giacometti s'est contenté de vendre ses analyses. «Il n'était pas payé pour commander des sondages, mais seulement pour les commenter», explique son avocat, Me Patrick Maisonneuve, qui précise que la matérialité et la qualité de ses prestations ne sont pas aujourd'hui remises en cause. Reste que ces analyses, payées sur fonds publics, ne relevaient pas toujours de l'intérêt général. Comme l'a révélé l'Obs cette semaine, Pierre Giacometti s'est ainsi fendu en 2009 d'une étude sur l'impact de la candidature de Jean Sarkozy à la tête de l'Epad, l'établissement public de la Défense. A l'époque, le conseiller a même fourni des éléments de langage au fils de l'ancien président pris dans la polémique, lui conseillant par exemple d'organiser un débat avec l'architecte Jean Nouvel.

«Relation de confiance»

Sur le fond, ce mélange des genres est totalement assumé par Giacometti, qui a défendu en garde à vue la pertinence de ces sondages sur l'image du chef de l'Etat. Sur la forme, s'agissant de l'absence d'appel d'offres, le conseiller plaide la bonne foi. Il s'agirait d'une vieille pratique ancrée depuis des lustres à l'Elysée. Giacometti lui-même a travaillé pour François Mitterrand puis pour Jacques Chirac lors de leurs passages à l'Elysée, sans jamais concourir à un seul appel d'offres. Une situation qui serait justifiée par la fonction elle-même : le conseiller en communication participe à des réunions avec le Président, et se trouve donc de fait au cœur de la confidentialité. «Il s'agit d'une relation de confiance qui ne justifie pas la mise en concurrence, explique-t-on dans l'entourage de Giacometti. C'est du gré à gré.» En 2008, une note d'un conseiller d'Etat qui circule à l'Elysée estime d'ailleurs que certaines prestations peuvent échapper à la procédure des appels d'offres.

Reste que, formellement, le délit est constitué et soulève une autre question : si Buisson et Giacometti sont poursuivis pour recel, qui le sera comme auteur principal de l'infraction ? Les faits ayant été commis durant son mandat, Nicolas Sarkozy est protégé par son immunité présidentielle. En revanche, la Cour de cassation a estimé que tous les membres de son cabinet pouvaient parfaitement être poursuivis dans ce dossier. Cela vaut pour Emmanuelle Mignon, l'ancienne directrice de cabinet qui signait les contrats. Mais aussi pour celui qui imposait les prestataires en haut lieu, l'incontournable Claude Guéant.

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