L'affaire des prêts toxiques octroyés à des particuliers par BNP Paribas Personal Finance devient problématique pour cette filiale à 100 % de la première banque française. Selon nos informations, BNP-PF fait l'objet d'une «mise en examen supplétive» depuis le 10 juin, mais rien n'avait filtré jusqu'ici. Ces prêts souscrits en francs suisses mais remboursables en euros se révèlent catastrophiques pour les clients. En avril, la banque avait déjà été mise en examen pour «pratique commerciale trompeuse» dans le cadre de ce dossier.
L'affaire est très douloureuse pour les 4 655 ménages ayant contracté ces prêts dénommés Helvet Immo entre 2008 et fin 2009, avant que BNP-PF n'arrête d'elle-même leur commercialisation. Du fait de la flambée de la monnaie helvétique face à la devise européenne, le capital à rembourser ne cesse d'augmenter. Les emprunteurs ont beau payer leurs mensualités, ils doivent toujours plus d'argent. Comme cette famille de Wissembourg (Bas-Rhin) qui a emprunté 132 000 euros en juillet 2008 dans le cadre de l'achat d'un logement destiné à la location. Elle doit à présent 196 135 euros (64 135 euros de plus) alors qu'elle rembourse 833 euros par mois depuis sept ans. Personne ne maîtrise rien et on se demande comment des prêts aussi périlleux ont pu être imaginés par des banquiers au fait des aléas des marchés monétaires. Face à cette situation, des emprunteurs évoquent «un vertige». D'autres disent que leur vie «a basculé dans l'angoisse». Ces prêts ont été souscrits pour l'achat de biens immobiliers à vocation locative dans le cadre des dispositifs fiscaux Robien, Borloo, Scellier, qui permettent de payer moins d'impôts. Les personnes piégées sont chef de rayon, assistante sociale, policier, enseignant, médecin, cadre du privé ou de la fonction publique… «On nous a dit : "On s'occupe de tout, c'est-à-dire du bien locatif et du prêt pour le financer"», témoignent des acquéreurs.
Mais leur investissement «a tourné au cauchemar». Suite aux plaintes avec constitution de partie civile de 619 emprunteurs, une information a été ouverte en avril 2013 par la juge Claire Thépaut. La magistrate a notamment auditionné Thierry Laborde, l'ancien PDG de BNP-PF devenu en juin directeur général adjoint du groupe BNP Paribas.
Selon Mediapart, une directrice régionale de BNP-PF, qui a été au cœur de la commercialisation des prêts Helvet Immo, pourrait être auditionnée. Outre la «pratique commerciale trompeuse», la banque aurait notamment omis d'indiquer en termes clairs que ces prêts comportaient un risque de change reposant exclusivement sur le client. Ce qui lui a valu sa mise en examen supplétive. Des clients se sont tournés vers des tribunaux civils pour obtenir réparation. Mais des magistrats rendent désormais des ordonnances de sursis à statuer, considérant qu'ils ont besoin d'être éclairés par l'enquête pénale avant de juger. Contactée par Libération, BNP-PF n'a pas souhaité réagir, invoquant le secret de l'instruction.




