Menu
Libération

Délinquance : Sarkozy truande encore les chiffres

Publié le 03/11/2015 à 19h56

En quatre ans passés à l'Intérieur, puis cinq à l'Elysée, combien de fois Nicolas Sarkozy a-t-il cité les chiffres de la délinquance ? Et combien de fois les responsables de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), ont-ils dû soupirer ? Mardi, Sarkozy a rejoué la partition de la gauche qui fait grimper la délinquance : «L'insécurité est devenue la règle. Nous avons des chiffres, qui sont absolument incontestables, puisqu'ils viennent de l'Observatoire national indépendant de la délinquance, qui compare la situation que nous avons laissée à la situation d'aujourd'hui. Les cambriolages ? + 8 %. Les vols ? + 14 %. Les atteintes à l'intégrité physique ? + 12 %. Les violences sexuelles ? + 31 %.»

Les chiffres bruts sont assez aisés à trouver. L’ONDRP publie, donc, un bulletin mensuel donnant les chiffres de la délinquance constatée par les forces de l’ordre sur douze mois glissants. La dernière livraison permet de comparer les chiffres de septembre 2011 à août 2012 avec ceux de septembre 2014 à août 2015.

En additionnant les chiffres de la gendarmerie et de la police, puis en comparant les deux périodes, on arrive peu ou prou aux valeurs citées par le président de LR. Mais cela nous fait-il des chiffres «incontestables» ?

Eh bien non. Car ils sont contestés… par l'ONDRP qui les émet. En effet, l'essentiel du bulletin sur lequel s'appuie Sarkozy s'échine à expliquer que l'évolution des chiffres bruts de la délinquance a obéi à des ruptures statistiques s'expliquant par la modification des outils d'enregistrement de la gendarmerie et de la police. Un avertissement prévient que l'ONDRP s'interdit de commenter les tendances en raison de forts doutes sur la «comparatibilité» des chiffres. Bref, si l'ONDRP publie malgré tout les chiffres par «transparence», le thermomètre est cassé. Il ne sert plus à rien de le regarder.

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique