Benjamin Gomis s'en veut. Il y a sept ans, c'est lui qui a insisté pour contracter un prêt Helvet Immo. «Ma femme n'était pas trop d'accord», se souvient l'infirmier libéral qui, à l'époque, y voit un moyen d'investir dans la pierre, de faire «un emprunt de bon père de famille». Résultat : il leur reste plus de 200 000 euros à rembourser, alors qu'ils ont emprunté moins de 140 000 en 2008. A deux, les Gomis gagnent chaque mois 5 500 euros. Aurélie Gomis est infirmière à l'hôpital à Marseille.
Au départ, c'est l'«ami d'un ami», conseiller en gestion de patrimoine, qui démarche le couple et leur propose d'acquérir un appartement du côté de La Ciotat. Bien immobilier, prêt, paperasse «indigeste» à gérer : «il s'occupait de tout. […] On a juste regardé le taux proposé et la durée de l'emprunt». Un peu plus de 1 000 euros par mois sur vingt-trois ans et demi. A l'époque, l'argument choc de la banque repose sur la stabilité du franc suisse, et Benjamin Gomis - comme des milliers d'autres victimes - ne se doute pas que ce prêt à un volet toxique. «J'ai signé en confiance, ça avait l'air très clair.» En 2008, il faut 1,54 franc suisse pour obtenir 1 euro. Un taux de change «attractif» pour les emprunteurs du produit Helvet Immo, qui sont des ménages souhaitant bénéficier de la défiscalisation prévue par les dispositifs d'investissement locatif comme celui de la loi Scellier ou Robien.
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Les Gomis, qui ne commencent à rembourser leur prêt de 140 000 euros qu'un an après la souscription, comprennent qu'ils ont été lésés quand, en 2009, ils cherchent à emprunter pour changer de résidence principale à l'arrivée d'un deuxième enfant. Leur banquière est «très alarmée» en découvrant les conditions de Helvet Immo : «Qu'est-ce que c'est que ce truc que vous avez signé ? Ce n'est pas normal, votre capital ne fait qu'augmenter. C'est une bombe», leur dit la professionnelle. «Ma femme est rentrée en pleurs». «On a eu des sueurs froides», dit Benjamin Gomis, aujourd'hui 36 ans. Sidéré, il appelle alors la BNP, «pour stopper l'hémorragie». «On n'a eu affaire qu'à une plateforme impersonnelle. On s'est énervés, on a insulté. Il n'y avait rien à faire.»
L'UFC-Que choisir, qu'il contacte, conseille à la famille de solliciter un avocat. Celui-ci les invite à saisir une porte de sortie prévue dans le contrat. Au bout de cinq ans, il est possible de faire réévaluer le prêt et de le faire passer en euros, avec un taux fixe. A cause du taux de change, en 2013, «on aurait eu 200 000 à rembourser. C'est 60 000 euros sur lesquels on s'asseyait, mais on l'aurait fait». Un pépin financier les en empêche. Désormais, ils attendent de voir comment la procédure judiciaire évolue, sans trop d'espoir. «On essaie d'oublier cette histoire, sinon on tombe dans la dépression au quotidien.»




