«Qu'il ferme sa gueule, Valls !» La colère est unanime chez les socialistes du Nord-Pas-de-Calais, après les propos du Premier ministre sur une possible fusion PS-LR entre les deux tours des régionales, dans le cas où Marine Le Pen arrive en tête (lire ci-dessus). «On passe notre temps sur le terrain à expliquer que nous ne sommes pas les mêmes que la droite, et voilà qu'un mec au national dit l'inverse !» Sophie (1), qui rentre tout juste d'un porte-à-porte, raconte son ras-le-bol : «Les gens nous disent qu'ils n'ont rien à nous reprocher en local, mais qu'ils ne savent pas s'ils vont aller voter, parce que, quand même, il y a Hollande et Valls.» Cela fait plusieurs fois que de bonnes âmes lui glissent : «Madame, vous avez bien du courage, on voit bien que vous travaillez pour nous, vous devriez changer de parti…» Elle leur rétorque, sans se démonter : «Moi, je suis restée socialiste, c'est Valls qui ne l'est plus.» Elle n'est pas la seule à pointer ce que Bernard, autre encarté au PS, analyse comme «la droitisation de la politique gouvernementale depuis 2012». Il soupire : «Elle renforce la perte des repères, terrain sur lequel prospère le Front national.»
Pour tous ces militants, la cause est entendue, la proposition de Valls est totalement contreproductive et «ne peut que mettre le trouble dans la tête des citoyens», comme l'explique Didier, un autre fidèle PS. Sous-entendu, faire le jeu du FN, qui n'a de cesse de dénoncer «l'UMPS», vieux slogan toujours ravageur. Autre reproche, «le Premier ministre est chargé de conduire la politique du gouvernement : se prononcer sur le rapprochement entre deux partis dans un contexte électoral ne compte certainement pas dans ses priorités, souligne Didier. Ce n'était pas à Valls de le dire, et ce n'était pas le moment de le faire».
Même point de vue pour François Lamy, porte-parole de la liste socialiste menée par Pierre de Saintignon : «Ce n'est ni utile ni souhaitable que de parler du second tour. Notre objectif est d'être le plus haut possible à l'issue du premier tour.» Ce proche de la maire de Lille, Martine Aubry, rappelle au passage qu'«on ne fait pas de la politique sur la base de sondages, qui se sont d'ailleurs déjà trompés sur cette région», et donne en exemple le département du Pas-de-Calais, annoncé Front national en mars, et finalement resté socialiste. Frédéric Cuvillier, ancien secrétaire d'Etat aux Transports dans le gouvernement Valls, et tête de liste PS dans le Pas-de-Calais, préfère esquiver : «Nous serons devant Xavier Bertrand [la tête de liste LR, ndlr] au premier tour, donc la question ne se pose pas.» Bernard soupire : «Personne n'y croit sérieusement, mais Saintignon ne veut pas évoquer l'hypothèse d'un PS en troisième position. D'autres, comme Valls, veulent mettre les pieds dans le plat.» Pour lui, ce n'est que de la stratégie personnelle : «Pour éviter d'être viré après les régionales, il se prépare au verdict, en trouvant des raisons exogènes au PS : la gauche qui ne s'est pas rassemblée, la droite qui ne veut pas du front républicain. C'est une manière de se dédouaner.»
(1) Tous les prénoms ont été modifiés.




