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L’analyse éclipsée

Le manque de spécialistes afin d’interpréter et de mettre en perspective les informations récoltées est une lacune souvent pointée.

Publié le 25/11/2015 à 20h06

«On a confondu la collecte et l'analyse.» La critique, qui émane d'un bon connaisseur du renseignement, est récurrente : les services intérieur (DGSI) et extérieur (DGSE) se concentrent trop sur le recueil d'informations, pas assez sur leur interprétation et leur mise en perspective pour mieux en tirer profit. «La DGSE était un service d'analyse avec une compétence technique, c'est devenu un service technique avec une petite compétence analytique», juge un ancien de la maison. «Or ils ont besoin d'analystes qui travaillent simultanément», poursuit-il, citant l'exemple des attaques du 11 Septembre sur lesquelles les Etats-Unis disposaient d'informations qu'ils n'ont pas réussi à mettre bout à bout à temps.

Des terroristes connus, certains présents sur le territoire alors qu'ils n'auraient jamais dû pouvoir entrer, quantité d'indices accumulés sur une attaque à venir : la ressemblance avec les attentats du 13 novembre est frappante, souligne l'ancien agent. Autre point commun : les attentats contre le World Trade Center avaient cruellement démontré l'absence de coordination entre les services de sécurité américains. «En France, il n'y a pas de véritable "task force" antiterroriste, pas de vraies équipes intégrées», se désespère-t-il. Pourquoi l'analyse fait-elle tant défaut au sein des services français ? «C'est moins une question de budget qu'un problème de recrutement», poursuit l'ex-agent.

Philippe Hayez, ancien de la DGSE aujourd'hui coordinateur des cours sur le renseignement à Sciences-Po, nous expliquait avant les attentats que «le concours d'entrée à la DGSE s'adresse à des profils généralistes, des étudiants qui ont un niveau master et non un doctorat». Comme lui, beaucoup estiment que les services de renseignement devraient s'appuyer sur l'université pour capter l'expertise qu'ils ne peuvent pas produire : «Ils arrivent à la fin d'un cycle, poursuit Philippe Hayez. L'antiterrorisme ne suffit pas, il faut un retour de la stratégie face à une menace qui est train de changer de nature.»

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