Je ne supporte plus les sirènes. Dans la journée, au bureau, bien sûr, mais la nuit aussi, à chaque coup de sirène, même lointain, on revit la soirée des attentats. Est-ce parce qu'on est sur le qui-vive que le sommeil devient si léger ? Y en a-t-il plus que d'habitude ? Une sirène, ce n'est jamais la marque de la «normalité», mais là, est-ce une «anormalité» normale ? On se surprend, quand il y en a deux qui se superposent, à regarder sur Twitter si d'autres partagent, à défaut d'infos, les mêmes questions. Et puis maintenant il y a les bruits d'hélicoptère qu'on associe automatiquement à un assaut ou à une traque. Je me souviens être allé à New York quelques mois après le 11 Septembre. J'avais pointé le nez en l'air à chaque passage d'un avion. Les New-Yorkais n'y faisaient plus attention. Il est donc probable que, bientôt, je ne ferai plus gaffe à ces sirènes et à ces bruits d'hélice. Je me souviens d'un texte de l'écrivain nord-irlandais Robert McLiam Wilson, publié dans Libé en janvier. Lui qui avait vécu le quotidien d'une ville en guerre espérait que nous n'aurions «jamais [son] expérience, [son] habitude». «J'espère, j'espère vraiment, désespérément, que vous ne finirez jamais par me ressembler.» Ne pas s'habituer à la mort, à la peur, à l'état d'urgence, aux policiers et aux militaires partout, aux abus des descentes de police, est-ce que, finalement, ça passe par ne pas s'habituer aux sirènes et aux hélicoptères ?
Éditorial
Aux chants d’horreur
Publié le 30/11/2015 à 19h56
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