C’est l’un des principaux mystères des attentats du 13 Novembre. Comment expliquer que les explosifs utilisés par les terroristes aient eu si peu d’impact, contrairement à leurs kalachnikovs ? A l’exception de leurs propriétaires, les ceintures actionnées lors des attaques de Paris et de Saint-Denis n’ont fait qu’une seule victime. Juste après s’être fait exploser, le kamikaze du boulevard Voltaire n’était même pas en état de mort clinique. Seule la ceinture utilisée par un des terroristes lors de l’assaut du Raid à Saint-Denis semble avoir fait des dégâts importants, notamment en raison de l’espace confiné.
Simple friction. Des documents de l'enquête, consultés par Libération, livrent de nouvelles informations sur les dispositifs utilisés par les kamikazes. Les ceintures étaient principalement composées de TATP (triperoxyde de tricycloacétone), un explosif artisanal fabriqué à partir de plusieurs composants, dont le peroxyde d'acétone. Selon les premières analyses, chaque ceinture contenait au moins 1,5 kg de cette poudre blanche cristalline. Il s'agit d'un produit particulièrement instable, donc potentiellement dangereux pour celui qui le manipule : l'artificier lors de la confection, mais aussi les kamikazes. Un mouvement trop rapide ou une simple friction peuvent suffire à faire exploser le dispositif. Selon une source policière, c'est un geste brusque qui aurait fait exploser l'un des terroristes du Stade de France.
D'après les documents consultés par Libération, le TATP était enveloppé dans des bandes de chatterton noir, servant à la fois à compresser la poudre et à isoler les fils électriques. Certaines ceintures étaient également composées de boulons, utilisés comme projectiles lors de l'explosion. Le dispositif de mise à feu est tout aussi artisanal : une petite pile alcaline 9 volts et des fils électriques reliant l'explosif à un petit bouton-poussoir. Pas d'inflammateur, comme ceux utilisés pour les explosifs plus sophistiqués, mais très difficiles à trouver dans le commerce. Ici, un simple contact électrique suffit, permettant de créer une petite flamme et d'enclencher le dispositif, comme pour une clé de voiture ou des feux d'artifice. C'est d'ailleurs dans un magasin de pyrotechnie que le fugitif Salah Abdeslam avait acheté une partie du matériel électrique quelques semaines avant les attentats, comme l'a révélé le Parisien. Contrairement à l'explosif militaire ou industriel, très stable et pouvant résister à un coup de marteau, le TATP peut donc provoquer une déflagration à tout moment. La principale difficulté est de le fabriquer, le dosage des différents composants s'effectuant au gramme près. Le TATP a aussi la particularité de très mal vieillir, contrairement au TNT, qui peut se conserver des années. Pour bien fonctionner, il doit être fabriqué au plus tard une semaine avant son utilisation, les terroristes préférant souvent le faire quelques heures avant de passer à l'acte par souci d'efficacité.
Popularité. Sur le papier, la confection de TATP est assez simple. Il existe des tutoriels sur Internet et l'Etat islamique fait tourner dans ses rangs des manuels de fabrication. «Le TATP est une matière explosive connue depuis longtemps et très simple à fabriquer, confirme Agnès, ingénieure principale de la section incendie-explosion de l'INPS à Ecully. Il suffit de taper peroxyde d'acétone sur YouTube pour trouver tout un tas de recettes de fabrication.» Une facilité d'accès qui explique la popularité du TATP. «C'est l'explosif à la mode», résume un spécialiste. Ces dernières années, on l'a vu apparaître lors de plastiquages en Corse, dans des projectiles utilisés en marge de manifs ou dans l'attentat du café Argana de Marrakech le 28 avril 2011 (17 morts, dont 8 Français).
En France, même si le marché est très réglementé pour les explosifs lourds du type TNT, il reste très simple de se procurer des composants artisanaux dans le commerce. Lors de la vague d’attentats perpétrés à Paris dans les années 90, les terroristes utilisaient des bombes agricoles, confectionnées à partir de chlorate de soude, un composant présent dans les engrais. Depuis, la composition des engrais a été modifiée, et il n’est plus possible de fabriquer des bombes agricoles. Contrairement aux explosifs artisanaux à base de TATP.




