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Analyse

Hollande : l’union vue d’en haut

Rapprocher gauche et droite ? Pourquoi pas, si cela permet au chef de l’Etat de prendre plus de hauteur car, pour l’Elysée, c’est en se présidentialisant au maximum que la réélection est possible en 2017.

Vote de François Hollande dimanche à Tulle. (Photo Marc Chaumeil)
Publié le 17/12/2015 à 20h06

L'homme de la synthèse socialiste est devenu le président de la concorde nationale. Depuis les attentats de novembre, François Hollande cultive son statut de père de la Nation, au-dessus de tout débat partisan pour ne se préoccuper que des Français. Pas question de redescendre dans l'arène à l'heure où toutes les études d'opinion valident sa stratégie de garant de l'unité républicaine face au danger terroriste. Même s'il partage l'analyse - un peu rapide - que la droite a disparu de la carte politique lors des régionales et qu'un nouvel espace politique s'ouvre à lui, pas question pour le chef de l'Etat de donner son avis sur une éventuelle recomposition autour de la g auche, vers les écologistes ou vers le centre. Hollande, fidèle à son habitude, laisse faire et ça lui va.

Concorde. «Le débat est toujours utile, il est même inhérent à la République et rien ne serait pire que de l'éteindre, mais, face aux épreuves et aux défis, notre pays a besoin de concorde», a fait valoir le Président jeudi en dévoilant une plaque à la gloire de la «fraternisation franco-allemande» pendant la Première Guerre mondiale dans le Pas-de-Calais. La cérémonie a été ajoutée mardi soir à l'agenda du chef de l'Etat. Mais avant de s'imposer, Hollande a passé lui-même des coups de fil à la droite locale et au président du Sénat, Gérard Larcher, pour savoir si sa présence était «une bonne idée».

Faire de la politique sans être politicien, Hollande avait déjà tenté le coup après les attaques contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, en janvier. Les départementales, le congrès du Parti socialiste puis ses grandes manœuvres pour pousser Claude Bartolone à être tête de liste régionale en Ile-de-France avaient un peu écorné l'image du président qui ne s'occupe pas de «popol». Au fil des mois, son discours s'était cependant allégé de la logorrhée économico-fiscale caractéristique du début du quinquennat pour se recentrer sur les valeurs. Cette fois, après son discours tactique devant le Congrès à Versailles, taillé sur mesure pour couper la chique à la droite, François Hollande veut camper le plus longtemps possible le président qui rassemble et qui protège. Qui ne met pas les mains dans le cambouis pendant que son Premier ministre gère les affaires courantes et la majorité remuante. Pour les proches du chef de l'Etat, les institutions de la Ve République prennent enfin tout leur sens. «La figure du président incarne aujourd'hui protection, autorité et long terme», analyse un conseiller présidentiel. D'où son silence pendant les régionales, son invitation à tous les présidents de région à l'Elysée en janvier et son apparition à Neuville-Saint-Vaast encadré de trois élus de droite. Certains de ses proches vont jusqu'à lui suggérer de ne pas présenter en personne les nouvelles mesures de lutte contre le chômage début 2016 et de s'en tenir au «cap» et à «l'unité nationale» dans ses vœux aux Français le 31 décembre.

«Compatibles». Avant que la bataille présidentielle ne s'ouvre, la primaire à droite va occuper l'espace une bonne partie de l'année 2016. Les écologistes vont s'écharper sur leur stratégie à venir et Manuel Valls va tenter de donner corps à son idée de recomposition au centre (lire ci-contre). «C'est quand même l'idéal pour Hollande : Duflot tend la main aux socialistes, Valls fait des clins d'œil aux centristes, les histoires de synthèse, il aime bien, je crois», sourit un dirigeant hollandais. Le chef de l'Etat ne ferme la porte à aucune option et fait comme si elles pouvaient être compatibles. Mais l'ancien premier secrétaire du PS n'entend pas tout mélanger pour autant. «La concorde, le rassemblement, ce n'est pas la confusion, abonde un de ses proches. Les clivages politiques existent en France mais nous sommes à un moment particulier. Gauche et droite ont réussi à s'entendre sur l'état d'urgence, ça doit être possible dans d'autres domaines». A l'Elysée, laissant de côté fiscalité, social ou questions de société, on espère pouvoir construire des «majorités d'idées», sur l'emploi, la jeunesse ou la transition énergétique. Sur la loi Macron et le travail du dimanche, «on n'a pas compris pourquoi le centre n'avait pas sauté le pas» et voté le texte, glisse un conseiller présidentiel. Ce qui, pour le coup, aurait permis à l'exécutif de se passer de sa gauche.

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