Menu
Libération
Éditorial

Loi anti-maigreur : ça manque d’épaisseur

Publié le 23/12/2015 à 20h01

Il y aura de la bûche à Noël mais ça ne concerne pas vraiment les femmes du mannequinat. Au-delà de la taille 36 (et encore on est sympa), un modèle est considéré comme «ronde». Mais, depuis la semaine dernière, l'extrême minceur est officiellement bannie des podiums et des magazines français. L'Assemblée nationale vient de voter une loi imposant aux jeunes femmes amenées à défiler en France de se faire délivrer un certificat médical qui déterminera si «l'état de santé du mannequin, évalué notamment au regard de son indice de masse corporelle, est compatible avec l'exercice de son métier», dit le texte adopté le 17 décembre dans le cadre du projet de loi santé. Enfreindre cette règle est passible de six mois d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende. Autre point, les organes de presse et photographes qui retoucheront des modèles «afin d'affiner ou d'épaissir la silhouette» devront systématiquement inscrire la mention «photographie retouchée» sur leurs images. La nouvelle n'a pas ravi le milieu, peu habitué à ce que l'on vienne réglementer ses affaires : «Comment ça va fonctionner ? Vous pouvez toujours dire : "Elle avait 5 kilos de plus quand elle a été engagée." […] Toutes les photos sont retouchées. Pas juste à l'aide de Photo-shop. Même la façon dont nous utilisons la lumière peut modifier l'apparence [d'un modèle]», rappelle, dans la revue de mode WWD, le photographe italien Olivero Toscani, qui réalisa en 2007 une campagne choc anti-anorexie avec Isabelle Caro, jeune femme décédée en 2010. Les sceptiques ont pourtant échappé de peu à une mesure bien plus stricte, finalement supprimée, qui imposait l'instauration d'un indice de masse corporelle (IMC) minimal comme c'est le cas en Israël où la présence de mannequins dont l'IMC est inférieur à18,5 (moins de 57 kilos pour 1m75 par exemple) est interdite dans les défilés ou une publication. Certes, la mode a toujours fait de la minceur des modèles l'un de ses socles intangibles. Quitte à en faire un diktat malsain poussant le quidam à complexer pour un ou deux kilos de trop. Des femmes aux formes avantageuses ont bien été mises en valeur ces dernières années chez Jean-Paul Gaultier, Rick Owens, ou dans le calendrier Pirelli mais, sur le fond, rien n'a changé, la minceur est toujours le meilleur allié d'une campagne de pub ou d'une robe bien coupée. Reste que menacer de prison les contrevenants, c'est aller directement à la sanction sans passer par la prévention et surtout par l'éducation puisque tout s'acquiert, même le goût de la rondeur.

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique