Il est rare qu'un livre soit rejoint et dépassé par un événement qu'il n'avait ni annoncé ni imaginé, mais avec l'idée duquel il flirtait. Ce livre, c'est Soumission. Cet événement, c'est l'explosion - au sens propre et au sens figuré - de l'islamisme dans les consciences et les corps français. Le nouveau roman de Michel Houellebecq sort le 7 janvier au matin. Les librairies ouvrant vers 10 heures, un comptable espiègle de son éditeur, Flammarion, a peut-être recensé combien d'exemplaires ont été vendus en France jusqu'au moment où, un peu plus d'une heure plus tard, les frères Kouachi font irruption dans la rédaction de Charlie Hebdo : dans cette trop brève heure d'insouciance où l'imaginaire et la publicité n'ont pas encore été liquidés par la réalité. Soumission imagine, sur le mode d'une farce mélancolique, légèrement atone, la prise démocratique du pouvoir en France par un islamisme aux manières apparemment modérées. Comme c'est un roman, on ignore ce que l'auteur pense de cette évolution qui remet, avant tout, les femmes au foyer. Depuis, il s'est largement exprimé dans la presse contre les gouvernants, sur l'islam, les terroristes, sur tout. Mais ceci est une autre histoire : celle d'un discours qui se détache du roman pour coller à l'événement qui, au minimum, l'a remodelé.
Rétro 2015
Houellebecq, le roman face à la réalité
Publié le 30/12/2015 à 17h31
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