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Agnès Saal : six mois d'exclusion ferme pour 40 000 euros de taxi

Le président de la République a sanctionné l'ancienne directrice de l'INA pour ses notes faramineuses: deux ans d'exclusion de la fonction publique dont six mois fermes. La justice poursuit ses enquêtes.

L'ancienne présidente de l'INA, Agnès Saal, en juillet 2014 à Bry-sur-Marne, dans l'est de Paris. (Photo Dominique Faget. AFP)
Publié le 04/01/2016 à 18h44

Décision rare, c'est le président de la République qui a sanctionné Agnès Saal. L'ancienne directrice de l'Institut national de l'audiovisuel (INA) avait été épinglée en avril pour des notes de taxi faramineuses, quelque 40 000 euros en dix mois de présidence.

Révélée par la presse fin avril, l'information avait poussé Saal à la démission, mais son autorité de tutelle, le ministère de la Culture, n'avait pris aucune mesure disciplinaire dans l'immédiat, sinon un reclassement pas trop inconfortable rue de Valois. Charge à une structure dédiée, la Commission administrative paritaire interministérielle (Capi) de décider de la sanction.

Agnès Saal avait comparu début décembre devant la commission qui a réuni des éléments à charge et à décharge. «On a eu l'impression que l'administration était en service commandé et n'avait aucune intention de tenir compte des témoignages en faveur d'Agnès Saal et du contenu du dossier», avaient alors commenté ses avocats, Mes Morain et Sermier.

Faute d'accord entre les membres de la commission, des fonctionnaires d'un grade équivalent ou immédiatement supérieur, la décision incombait à l'Elysée, précise Le Point, qui a révélé la sanction lundi. Le dossier Saal divisait le petit cercle des hauts fonctionnaires, dont beaucoup soulignaient les qualités et la force de travail de l'ancienne directrice de l'INA.

La présidence de la République a donc tranché : deux ans d'exclusion de la fonction publique, dont six mois ferme. «La sanction administrative était nécessaire, on n'aurait pas compris que rien ne soit fait», commente l'avocat Jérôme Karsenti, de l'association de la lutte contre la corruption Anticor.

Face aux tergiversations des pouvoirs publics, l'organisation avait déposé, fin mai, une plainte contre X, visant explicitement Agnès Saal, pour détournement de fonds publics. «La mobilisation extérieure a été nécessaire. La vigilance citoyenne et médiatique a enclenché le processus», juge Me Karsenti. La justice a d'abord classé sans suite, avant d'être saisie par le ministère de la Culture.

C’est le second front que doit désormais affronter la haut-fonctionnaire déchue : deux enquêtes sont ouvertes, l’une par le parquet de Créteil pour les taxis de l’INA, l’autre par le parquet de Paris pour son passage au Centre Pompidou. Agnès Saal avait cumulé quelque 38 000 euros de notes de taxis entre janvier 2013 et avril 2014 quand elle était directrice générale. Ces enquêtes lui ont déjà valu deux gardes à vue, en septembre et en décembre. Agnès Saal aura maintenant tout le loisir de peaufiner sa défense.

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