L'opposition hésite… entre satisfaction et sidération - la même qu'après la conversion hollandaise sur la déchéance de nationalité - de se voir doubler par la gauche sur la droite. C'est par exemple cet ancien garde des Sceaux de Jacques Chirac, stupéfait du virage sécuritaire pris par l'exécutif. Et qui s'en inquiète même : «Incroyable ! C'est Guy Mollet face à la guerre d'Algérie !» Ou ce député Les Républicains qui n'en revient pas de la tonalité de l'intervention de Manuel Valls mercredi sur BFM TV : «C'est hallucinant, il tient un discours de droite comme Sarkozy n'aurait pas pu se le permettre.» Le même ajoute : «On est conscients du piège politique», mais ne voit pas trop comment en sortir, tant «ce sont des réformes qu'on a toujours défendues».
Comble. Jeudi, lors de ses vœux aux forces de sécurité, Hollande a confirmé l'octroi de moyens supplémentaires aux policiers, gendarmes et douaniers, mais aussi le renforcement des pouvoirs d'investigation du parquet. Un arsenal raccord avec la proposition de loi déposée au Sénat par le président de la commission des lois, Philippe Bas (LR), et cosignée par les patrons des groupes LR et UDI. Le texte entend lui aussi autoriser le parquet à mener des perquisitions de nuit dans les cas d'enquêtes préliminaires. Et on y retrouve, comme dans le projet du gouvernement, la possibilité pour le parquet d'utiliser les fameux Imsi-catcher, qui permettent l'interception de communications téléphoniques.
Si la droite a des raisons de jubiler, certains s'inquiètent d'un changement de doctrine qui dépasse la simple tactique de la triangulation. Un comble. Bien que le Président ait semblé remettre le judiciaire en partie dans le jeu, jeudi dans ses vœux, Claude Goasguen (LR) pointe une «évolution très nette» au sommet de l'Etat, avec «le transfert du judiciaire vers l'administratif, un glissement amorcé depuis un an». Mais le député - pourtant droitier - est prêt à accepter du bout des lèvres, ce «recul de trente ans… justifié par la situation et qui doit rester momentané».
Esprit. Après l'approbation de principe, par le bureau politique du parti sarkozyste, de la réforme constitutionnelle, la droite est-elle de nouveau prête à offrir ses voix à l'exécutif sur la loi antiterroriste ? «Il y a un a priori positif chez nous mais on regardera de très près», prévient un élu LR membre de la commission des lois. Alors qu'une cinquantaine de députés de droite n'ont pas voté, en mai, la loi renseignement, cette fois, ils ne devraient guère se rebiffer : «Il y a eu les attentats de novembre…»
Tout en attendant de voir le texte en détail, Patrick Devedjian, avocat de formation et corapporteur (LR) de la mission d'information sur la réforme de la procédure pénale, estime, lui, «préoccupant» l'esprit du projet de loi, martelant que «le juge judiciaire est constitutionnellement gardien des libertés». Et d'ajouter : «Je l'ai dit, je le répète, nos libertés ont rétréci au lavage».




