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Libération conditionnelle de Patrick Henry : le parquet fait appel

Après 35 ans en prison, le meurtrier de Philippe Bertrand a obtenu ce jeudi une nouvelle libération conditionnelle, suspendue pour quelques mois encore à un appel du parquet de Melun. Il était déjà sorti de prison en 2001, avant d'y retourner en 2003.

Patrick Henry et son avocat Me Thierry Levy à leur arrivée le 22 août 2002 au tribunal de Caen (Photo MYCHELE DANIAU. AFP)
Publié le 07/01/2016 à 17h41

Condamné en 1977 à la réclusion à perpétuité pour le meurtre d'un enfant de sept ans, Patrick Henry a obtenu ce jeudi une libération conditionnelle, pour l'instant suspendue à la décision du parquet de Melun de faire appel. «Depuis le départ de cette procédure, nous étions opposés à cette demande», a déclaré la procureure de la République de Melun, Béatrice Angelelli, pour qui «le projet d'accompagnement n'est pas assez encadrant». L'appel est suspensif et «la cour d'appel a deux mois pour statuer».

La libération conditionnelle de Patrick Henry prévoyait que le détenu de 62 ans, dont près de 40 années en prison, pourrait entamer dès janvier, avec une première permission de sortie, le parcours de probation qui doit le mener à la liberté conditionnelle en août 2017. Pour Patrick Henry, ce pourrait être une nouvelle chance de se réinsérer, après une première fois avortée en 2002. Retour sur son parcours judiciaire.

1976-1977. «La France a peur», déclare Roger Gicquel au JT de TF1, le 17 février. Patrick Henry, 22 ans, vient d'être arrêté pour le meurtre de Philippe Bertrand, 7 ans. Il a enlevé ce garçon dans l'espoir d'en obtenir une rançon, mais n'a pas eu la rançon et a tué le garçon. Les médias et la classe politique demandent la peine de mort : «J'espère que la justice passera rude et vite», dit le ministre de l'Intérieur d'alors, Michel Poniatowski. Le procès a lieu en janvier 1977. Pour l'avocat Robert Badinter, c'est une nouvelle occasion de relancer son combat contre la peine de mort («C'est la mort qu'il s'est juré de mettre à mort ici», écrit Sorj Chalandon dans Libération en 2001). Patrick Henry sera condamné à la prison à la perpétuité, et la peine de mort abolie en 1981, après que deux autres personnes auront été guillotinées.

2001. Durant ses 25 premières années de prison, Patrick Henry, qui a lu, étudié, passé des diplômes, a voulu être exemplaire : «Je me disais : n'oublie jamais qu'on t'a sauvé la vie […]», explique-t-il dans Avez-vous à le regretter ?, son autobiographie parue en novembre 2002. Ses demandes de libération conditionnelle sont rejetées pendant 11 ans, jusqu'au mois d'avril 2001 : fort d'un dossier impeccable, il sort ; c'est «le pari de la liberté». Il travaillera pour une imprimerie. Libération écrit : «la raison nous dit que la libération conditionnelle de Patrick Henry, par trois juges agissant en connaissance de cause et en leur âme et conscience, est un progrès. Cela s'appelle "la civilisation"».

Lui, dans sa biographie : «Au risque de choquer, je dirai que je n'attends rien de la société, et que je ne lui dois rien. Elle et moi, nous sommes quittes. J'ai commis une lourde faute, j'ai été condamné en conséquence. J'ai payé.» Sur sa première nuit de liberté : «J'avais l'impression de sortir d'un coma. La prison est un monde artificiel où tout est géré, aseptisé, où la vie s'écoule au ralenti.»

2002-2003. La prison, il y retournera pourtant. En juin 2002, il vole pour 76 euros de biens dans un magasin de bricolage. En octobre, il est arrêté en Espagne au volant d'un 4x4, avec près de 10 kilos de résine de cannabis. Il écrit : «Mon acte imbécile a cassé quelque chose […]. Etre lâché dans la nature du jour au lendemain après avoir passé la moitié de sa vie en prison est plus compliqué que je ne le croyais […]. Quatorze mois ne suffisent pas pour parler de réinsertion. Pour mener cette œuvre à bon port, il faut des années.» En mai 2003, sa libération conditionnelle est révoquée ; retour à la case perpétuité. Il est ensuite condamné à quatre ans de prison, en juillet de la même année. Lors du procès, il ne s'explique pas sa rechute, mais constate : «Il m'aurait fallu quelqu'un qui me guide, qui me suive».

2014. En juillet, un recours en grâce présidentielle présenté pour obtenir sa libération est rejeté.

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