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Education

L’inégalité à l’école ciblée mais pas enrayée

Si François Hollande n’a pas reculé sur l’éducation, débloquant de nouveaux moyens et lançant plusieurs chantiers, il n’a convaincu ni sur la méthode ni sur les résultats.

Publié le 25/01/2016 à 19h51

L'éducation était sa priorité, François Hollande n'a cessé de le répéter. Transformer l'école en outil de lutte contre les inégalités, plutôt que de les renforcer. Car la réalité est bien celle-là : non seulement l'école française reproduit les inégalités sociales, mais en plus elle les amplifie (lire ci-contre). Un enfant d'ouvrier non qualifié a deux fois moins de chances de décrocher son bac qu'un enfant de cadre.

A un an et demi de la fin de son mandat, Hollande a-t-il relevé le défi ? Il s'y est employé en tout cas. Politiquement, il n'a pas fait l'objet d'attaques de son propre camp, chacun s'accordant sur la nécessité de mettre la priorité sur l'éducation. En revanche, le chef de l'Etat n'a pas réussi à convaincre la communauté éducative, qui a pourtant majoritairement voté pour lui en 2012. Signe de la déception, ce nouvel appel à la grève ce mardi par les principaux syndicats d'enseignants, mobilisés contre la réforme du collège et les salaires dans le primaire (lire page 17).

Déception. Pendant la campagne, le candidat Hollande s'était engagé à créer 60 000 postes durant son quinquennat (dont 6 000 réservés à l'enseignement supérieur). A la différence de bien d'autres sujets et malgré la rigueur budgétaire, le Président n'a pas reculé sur cette ambition. 11 662 postes restent à créer pour que l'objectif soit atteint. «Ce sera fait», affirme-t-on au ministère.

La loi de refondation de l'école, concoctée par l'ancien ministre Vincent Peillon et votée à l'été 2013, se voulait ambitieuse, avec le rétablissement de la formation des enseignants, sacrifiée sous la droite, et la priorité donnée au primaire. Ce texte aurait pu redonner durablement le sourire aux 850 000 enseignants. En fait, pas du tout. Pourquoi ? Les créations de postes ne se voient pas sur le terrain, en partie absorbées par la poussée démographique. Ensuite, la priorité au premier degré, pour combattre les inégalités dès les premières années de scolarité, semble avoir été «diluée», résumait récemment le comité de suivi de la loi. Diluée d'abord par la question des rythmes scolaires qui a focalisé les débats pendant la première partie du quinquennat. Au point d'éclipser les autres chantiers. Comme la scolarisation des moins de 3 ans dans les quartiers défavorisés, qui a progressé depuis 2012 : 25 000 places pour les élèves de 2 ans ont été ouvertes. Sauf que les classes ouvertes ne font pas le plein.

La refonte de la carte de l’éducation prioritaire a également été menée… pour la première fois depuis 1981. Mais là encore, déception du terrain : les enseignants affectés dans ces établissements sont certes mieux payés, ont des heures «balisées» de concertation, mais ils regrettent ne pas avoir plus de moyens en classe. Au printemps dernier, la polémique sur la réforme du collège n’a rien arrangé. Le projet, porté par Najat Vallaud-Belkacem, a, là encore, pour ambition de réduire les inégalités. La polémique est vite montée, la réforme réveillant de vieux clivages et corporatismes.

Carte scolaire. Certains redoutent la marge d'autonomie laissée aux chefs d'établissement, d'autres craignent que leur discipline ne pâtisse de l'interdisciplinarité. A l'opposé, les défenseurs de la réforme auraient aimé que le gouvernement aille plus loin. Une critique que l'on retrouve sur l'expérimentation menée sur la carte scolaire pour remettre de la mixité sociale dans les collèges. Si, jusqu'ici, la gauche dans son ensemble a soutenu le gouvernement dans cette lutte des inégalités, elle pourrait se diviser sur les moyens et la méthode pour relever cette ambition.

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