C'est fou ce qu'il plaît, cet Emmanuel Macron. A droite, on imagine bien pourquoi, mais aussi à gauche, plus qu'on ne l'imagine. Parce qu'il cristallise en partie les espoirs – et même l'urgence – de ceux qui veulent contrecarrer les ambitions de Manuel Valls. Mais aussi pour ce qu'il est. A Paris, Alain Duhamel voit en lui, dans Libération, un nouvel «homme moderne» du type Valéry Giscard d'Estaing avant l'Elysée, quand l'Express semble lui trouver quelque chose de Jean-Jacques Servan-Schreiber, «homme de progrès». Les nostalgiques du Dominique Strauss-Kahn des années Bercy ou de l'ancien Premier ministre Michel Rocard sont aussi nombreux à pencher pour Macron. Au nom d'une préférence, plus ou moins assumée, pour un ministre de l'Economie, certes ancien banquier successfull mais, surtout, pas fâché avec la complexité et baigné de culture des idées.
Dans un registre plus uniforme, son Premier ministre, s’il ne manque pas de tempérament et partage nombre de ses orientations libérales, reste un politique de profession, dont le principal bagage est d’avoir été un élu local de l’Essonne et un (forcément) vulgaire communicant efficace auprès de Lionel Jospin à Matignon puis durant la campagne de François Hollande en 2012. Un élu qui a depuis labouré en premier lieu les thèmes de la sécurité et de l’identité, systématisant une posture qui s’apparente à de la fracturation davantage qu’à de la transgression made in Macron. L’un – on se demande lequel – est d’ailleurs capable de s’excuser a posteriori, quand l’autre martèle a priori et à tous bouts de champ qu’il ne reculera pas d’un centimètre. Droit dans ses bottes : question d’honneur autant que d’urgence pour la France.
Dans la gauche intellectuelle mais pas seulement, le plus jeune et le plus vert des deux est celui qui a le plus la cote. Certains caciques socialistes, et pas seulement les plus libéraux, comparent carrément l’engouement qu’il suscite sur le terrain, même hostile, à celui qui entourait Ségolène Royal il y a une dizaine d’années. Une incarnation en résonance avec un moment et peut-être une époque, qui attire pour ce qu’elle est autant que pour ce qu’elle dit. Parfois même au-delà. Macron n’en est pas (encore ?) là, loin s’en faut, mais son nouveau statut, tout fragile soit-il, dans la perspective de l’après Hollande, ou d’ailleurs d’une réélection de ce dernier, l’engage de plus en plus. Et d’abord à ne pas se caricaturer, pour ne pas hystériser les débats qu’il pose ou les grilles de lecture qu’il propose. La complexité dont il fait montre parfois doit s’accompagner de pédagogie. Il dépend aussi de lui de ne pas être seulement le dernier libéral à la mode, mais le premier social-libéral français à placer l’égalité au même niveau que la liberté, le tout avec une exigence de fraternité. Car si Macron se targue, sans qu’on puisse l’en blâmer, de ne pas être membre du PS, c’est à ce prix qu’il pourra bel et bien continuer à se réclamer de la gauche. La sienne.




