En introduction de son discours devant les sénateurs, mercredi, Jacques Rapoport a eu cette phrase peu engageante pour celui qui le remplacera à la tête de SNCF Réseau : «Je dois dire à mon successeur qu'il va avoir tout sauf un travail facile.» Démissionnaire un an avant la fin de son mandat, il s'est véritablement lâché sur l'état du réseau ferré en France, réseau dont il a eu la responsabilité ces quatre dernières années. «Ce patrimoine national est en danger.»
Il ne parle pas des lignes à grande vitesse, mais «de la partie la plus circulée de notre réseau, à peu près 20 000 à 25 000 kilomètres sur les 30 000 kilomètres de lignes qui, pendant trente ans, n'ont pas bénéficié des investissements de renouvellement requis». Des voies, a-t-il rappelé, dont l'âge moyen est «le double de ce qui est en Allemagne».
«Certaines caténaires ont plus de 80 ans, j'ai vu des photos de traverses complètement pourries. Quand vous avez des portions aussi vétustes, on peut très bien demain avoir un accident comparable à Brétigny», a lâché pour sa part Hervé Maurey, président de la commission et sénateur de l'Eure. Pour rappel, l'accident de Brétigny avait tué sept personnes en 2013. La dégradation du réseau est régulièrement pointée par les élus, les associations d'usagers, la cour des comptes et par la SNCF elle-même.
Depuis le début des années 80, les capitaux de la société ferroviaire ont été en grande partie aspirés par le plan TGV au détriment des lignes intercités. Depuis quelques années, une réorientation des investissements vers le réseau existant a été opérée (1 500 chantiers sont programmés en 2016). Mais, à écouter Jacques Rapoport, l'effort n'est peut-être pas suffisant. Dans les années à venir, les dépenses de SNCF Réseau «vont augmenter et les recettes vont stagner voire baisser», a-t-il expliqué. Or, selon lui, il est urgent d'accroître «cette trajectoire de renouvellement», mais «la priorité, c'est la remise à niveau de la partie la plus circulée du réseau».




