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Législatives

Les candidats FN au contrôle technique

Tirant les leçons des précédents scrutins, le parti encadre et évalue de très près ses potentiels représentants pour 2017.

A l'université d'été du Front national le 6 septembre 2015, au parc Chanot de Marseille. (Photo Laurent Troude pour Libération)
Publié le 05/04/2016 à 18h51

Une période d'essai pour les candidats aux législatives : l'idée ne sort pas du projet de loi travail, mais du Front national, qui se prépare à l'expérimenter. A quatorze mois du scrutin, le parti d'extrême droite a attribué mardi de premières «pré-investitures» à une poignée de candidats potentiels. Potentiels, car ceux-ci seront soumis pendant plusieurs mois à une évaluation en continu : «Ils auront des objectifs à accomplir et nous les évaluerons sur leur travail», explique Nicolas Bay, secrétaire général du FN. Une note interne adressée aux postulants détaille les critères d'évaluation : les «pré-investis» s'engagent à «diffuser plusieurs milliers de tracts chaque mois», rédiger un minimum de trois communiqués par mois, être présents sur les réseaux sociaux et dans la presse locale, augmenter de 10 % le nombre d'adhérents dans leur circonscription ou encore organiser au moins un événement en présence d'un cadre régional ou national du FN. En dépit de tous ces devoirs, les précandidats ne pourront pas se présenter comme tels auprès de la presse. C'est en fin d'année seulement, et en fonction de leurs résultats, qu'ils seront ou non définitivement investis par le parti. Des précautions qui s'expliquent par les débordements observés lors des derniers scrutins locaux. Aux municipales de 2014 et aux départementales de 2015, certains candidats frontistes avaient laissé libre cours sur Internet à leur racisme ou à leur homophobie, renvoyant une piètre image d'un parti censément «dédiabolisé».

Méthodes managériales

Pas question pour le FN de se voir de nouveau montré du doigt. D'autant que les législatives représentent un enjeu considérable. Leur résultat déterminera en effet le montant de la subvention publique accordée au parti. De plus, une bonne performance pourrait permettre au FN de compenser une présidentielle que leur championne n'a guère de chances de remporter, comme l'avouent en privé certains frontistes. «Sa victoire ou sa défaite de 2017, ce sera aussi le nombre de députés», juge un élu. Pour un autre, «ce qui se passera au prochain congrès du FN ne dépend pas tant de la présidentielle que de cette question : un groupe ou pas à l'Assemblée ?» Y parvenir impliquerait de disposer de quinze députés, contre deux à l'heure actuelle. Un objectif que le parti d'extrême droite juge réaliste, au vu des résultats enregistrés depuis 2012. Au second tour des régionales de décembre, les listes«bleu Marine»ont obtenu plus de 40 % des voix dans 101 circonscriptions - dont 37 en région Hauts-de-France, 33 en Provence-Alpes-Côte d'Azur et 12 dans l'ancienne région Languedoc-Roussillon. Dans 14 d'entre elles, le FN a même obtenu la majorité des bulletins (voir l'infographie). Pour transformer l'essai, la direction frontiste se veut plus pointilleuse que jamais dans le choix de ses candidats, que Jean-Lin Lacapelle, secrétaire national aux fédérations et, depuis peu, secrétaire de la commission d'investiture du parti, présente comme «les porte-parole et les ambassadeurs de Marine Le Pen.»

Plus généralement, le FN a multiplié ces dernières semaines les initiatives pour renforcer son appareil. Encore peu professionnel, celui-ci a notamment subi une multiplication des défections de conseillers municipaux élus en 2014. Lacapelle s'est vu confier la mission de consolider cette instable structure. Ancien cadre de L'Oréal revenu fin 2015 dans le giron frontiste, il n'hésite pas à s'inspirer des méthodes managériales du privé pour motiver et, si besoin, sanctionner ses troupes. «En vingt-cinq ans de boîte, on apprend des choses , expliquait-il en janvier. La mode, c'est le vivre-ensemble : moi, je veux améliorer le travailler-ensemble. Le management, c'est un ensemble de techniques.» Exemple parmi d'autres de ces techniques : le concours d'adhésions, lancé en mars pour les fédérations locales. «Tous les mois, un courrier donne le classement, explique Lacapelle. Et fin juillet, les trois meilleures fédérations gagneront une invitation au Parlement européen, ou peut-être un petit coup de pouce financier.» Ces derniers temps, le FN a multiplié les sessions de formation en direction de ses cadres et de ses élus - ce sera ce week-end le tour de ses 358 conseillers régionaux, attendus dans un hôtel parisien.

Standardisation

S'il manie la carotte, le FN n'oublie pas le bâton : lors des derniers scrutins locaux, le parti surveillait de près les publications de ses candidats sur les réseaux sociaux. «On ne les connaît pas forcément tous, ils ne sont pas tous forcément en phase avec nous, justifie le sénateur et maire de Fréjus, David Rachline. I l peut y avoir des divergences majeures et, oui, des racistes. Ceux-là, il faut qu'ils s'en aillent. Donc pendant les campagnes, il y a une structure de quelques personnes qui vérifie les déclarations, et c'est à amplifier dans les prochaines campagnes locales.» L'encadrement passe également par la standardisation du matériel de propagande via les fameux «kits» de campagne fournis par la société Riwal, et que le parti a fortement recommandés à ses représentants lors des derniers scrutins locaux.

Actuellement dans le viseur de la justice pour escroquerie présumée aux dépens de l’Etat, ce système n’est pas sans réels avantages. Coupant court aux éventuelles fantaisies de ses candidats, il assure au FN la diffusion d’un message et de codes graphiques homogènes sur tout le territoire. Symbole d’un parti repeint en «bleu Marine» du sol au plafond, et dont toute la vie interne se voit subordonnée au destin présidentiel de sa dirigeante.

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