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Libération
EDITORIAL

Cailloux

Publié le 07/04/2016 à 20h31

Macron est jeune, compétent et sympathique : il plaît (surtout à droite). Cette séduction est à coup sûr positive. La vie politique ne produit pas tous les jours des phénomènes neufs, seraient-ils encore embryonnaires et sondagiers. Emmanuel Macron a bâti son succès sur la transgression. Dans un gouvernement composé principalement de socialistes, il se plaît à dénicher sans cesse les saints de la paroisse. Provocant sur un ton souriant, il instille avec constance des pincées de poivre libéral dans son discours. Il se distingue néanmoins de Manuel Valls en étendant ce libéralisme juvénile aux questions sociétales, quand le Premier ministre parle surtout autorité et identité. Il parle ainsi à ceux qui attendent un renouveau, qui souhaitent voir bouger les choses, qui cherchent à sortir des cadres traditionnels. Fort bien…

Pourtant, sa devise principale, «ni à droite ni à gauche», suscite quelques questions. Pour le coup, est-elle si neuve ? François Bayrou l'a adoptée depuis longtemps, Valéry Giscard d'Estaing, en appelant à la réunion de «deux Français sur trois», l'avait anticipée, Jean-François Kahn, parangon du «centrisme révolutionnaire», l'avait théorisée. Peut-être est-elle dans l'air du temps ? Ils sont plusieurs à souhaiter une recomposition de la vie politique après 2017. Macron sème ses cailloux… Mais il lui faudra lever une hypothèque que définit bien une ancienne citation du philosophe Alain : «Quand on me demande si la division entre gens de gauche ou de droite a encore une quelconque signification, la première chose qui me vient à l'esprit est que quiconque pose la question n'est certainement pas de la gauche.» La gauche est une famille qui a besoin de renouvellement, c'est certain. Mais pour la réinventer, faut-il la quitter ? Faut-il s'affranchir d'une longue histoire, d'un attachement affectif, d'un héritage honorable ? S'éloigner, ne serait-ce qu'en paroles, des principes qui restent ceux de l'égalité et de la justice, destinés à compenser les excès de la liberté économique ? Autant de questions qui bousculent l'échiquier politique… Au risque de la confusion. Quant à l'espace hors cadre dans lequel évolue Macron, il appelle une autre citation, celle de Pascal : «C'est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part.»

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