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Cœurs artificiels : malgré les accrocs de Carmat, la greffe commence à prendre

Publié le 11/04/2016 à 20h21

Le temps des malentendus, et des exagérations, serait-il en voie d’être résolu autour du cœur artificiel Carmat ? Plus de vingt-deux mois après la première greffe, on commence à y voir un peu plus clair ; on note les limites de cette prothèse mais aussi sa pertinence. En même temps, le tableau des greffes de cœurs artificiels prend du relief, sortant d’un discours de pur marketing. Ainsi, contrairement à la communication de Carmat, son cœur est certes inédit dans sa conception, mais il n’est en rien le seul sur le marché.

Aujourd'hui, Carmat est en attente de l'avis de l'Agence nationale de sécurité des médicaments pour la poursuite des essais. Le professeur Pascal Leprince, chef du service de chirurgie cardiaque à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, reste confiant. Il est le dernier à avoir, en décembre, greffé le Carmat sur un patient qui allait décéder une dizaine de jours plus tard. Aujourd'hui, le bilan est le suivant : sur les quatre patients greffés, aucun n'est vivant. «Dans deux des quatre interventions, c'est le cœur qui est en cause, nous explique le Pr Leprince, et dans les deux autres, si l'on peut dire, c'est le patient.» Alors que d'ordinaire, les équipes qui greffent cette prothèse (celle de l'hôpital Pompidou à Paris comme celle du CHU de Nantes) se retranchent derrière des propos lénifiants - du genre «tout va bien» -, Pascal Leprince parle de façon détendue, même s'il reconnaît que le fait que la société Carmat soit cotée en Bourse complique les choses. «Au début, nous n'étions pas censés participer à l'essai. Mais comme on est une des plus grosses équipes françaises de greffes, on a accepté. D'autant que cette semaine, nous allons fêter les 30 ans de pose de cœurs artificiels à la Pitié, avec le cœur artificiel de la société SynCardia Systems.»

Eh oui, cela fait plus de trente ans que d'autres cœurs artificiels sont implantés. Et fonctionnent. Le cœur SynCardia est aujourd'hui le seul autorisé par la Food and Drug Administration aux Etats-Unis : plus de 1 500 patients, dont certains depuis plusieurs années, en sont équipés. SynCardia domine donc le marché. Cependant, ce dispositif est loin d'être parfait. Il est bruyant et nécessite un important appareillage puisqu'il est accompagné d'une batterie externe. «Carmat a beaucoup d'avantages, il est moins bruyant, sa technologie est impressionnante. Inconvénients : il est lourd, prend de la place, et de ce fait, il n'est envisageable que sur des patients dont le thorax est imposant», note le Pr Leprince.

Hasard du calendrier, au même moment, le centre chirurgical Marie-Lannelongue, dans les Hauts-de-Seine, vient de révéler «l'implantation de trois types de cœurs artificiels spécifiques aux pathologies de trois patients», qui ne sont pas des Carmat. Trois patients qui vont bientôt quitter le centre, selon la direction. On le voit, les progrès sont continus. D'autres cœurs artificiels existent même déjà dans leur version prototype.

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