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Libération
2017

François Baroin, l'improbable joker de Sarkozy

Donné favori pour Matignon en cas de réélection de l'ancien chef de l'Etat, le maire de Troyes est brandi comme une arme contre Alain Juppé et Bruno Le Maire. Lesquels ne sont guère impressionnés.

Nicolas Sarkozy et Francois Baroin en 2014. (Photo Lionel Bonaventure. AFP)
Publié le 11/04/2016 à 19h27

A la peine dans les sondages, Nicolas Sarkozy disposerait d’un atout maître, tenu précieusement caché dans sa manche : François Baroin, le très discret sénateur et maire de Troyes. Le moment venu, personne n’en doute, ce dernier s’engagera au côté de l’ancien chef de l’Etat pour l’accompagner jusqu’à l’Elysée. En récompense de quoi, le toujours jeune et avenant sénateur verra s’ouvrir les portes de l’Hôtel Matignon.

A en croire les stratèges sarkozystes qui font circuler ce scénario, le soutien de Baroin serait une arme redoutable, aussi efficace contre Bruno Le Maire que contre Alain Juppé. L’orateur brillant et décontracté aura tôt fait de ringardiser le premier qui n’aurait plus, dès lors, le monopole du «renouveau». Quant au second, il ne pourra plus se prévaloir du soutien et de l’héritage de Jacques Chirac. Car si Juppé était «le meilleur d’entre nous», Baroin, lui, était le «fils préféré» de l’ancien président de la République.

Dans le camp Juppé, on se dit plutôt serein face à cette menace qui relève de «la petite politique». Brandir ce prétendu joker, c'est raisonner «comme si la politique était un vaste marché dont il faudrait prendre des parts. Avec Baroin, Sarkozy ferait main basse sur le marché Chiraquien ? C'est absurde. Si Alain Juppé est populaire, c'est tout simplement parce qu'il est sérieux et qu'il travaille», explique un proche du maire de Bordeaux. Sérieux et travailleur : des qualités que de nombreux responsables de LR sont manifestement peu enclins à reconnaître au maire de Troyes.

Entre Baroin et Juppé, la rancune a pris racine il y a plus de vingt ans. En 1995, le tout juste trentenaire avait très mal pris que le Premier ministre de Chirac le sorte du gouvernement. En 2011, plus grave encore, Juppé avait plaidé, sans succès, pour la nomination de Bruno Le Maire à Bercy au motif que Baroin, le préféré de Sarkozy, n'était «pas au niveau». Vexant. Interrogé par Gaël Tchakaloff, auteure d'une récente enquête sur Alain Juppé, l'ancien ministre ne cache pas sa rancœur : «Je ne travaillerai plus jamais pour lui, même s'il est élu président de la République. Je ne veux plus être mis sous la tutelle de cet homme-là.» Il semble peu probable que cela puisse lui être proposé.

Selon Europe 1, Nicolas Sarkozy compte si fort sur son fidèle chiraquien qu'il aurait décidé de l'embarquer dès la fin de l'été prochain dans sa campagne pour la primaire. «Parler de ticket Sarkozy-Baroin est très exagéré», rectifie un proche du patron de LR. Il confirme que Baroin compte, avec quelques autres, «parmi ces quadras [il aura 51 ans le 21 juin, ndlr] sur lesquels il pourra s'appuyer s'il est candidat». Utile précision, car il n'est pas sûr que cette mise en vedette du maire de Troyes soit du goût de tous les sarkozystes.

Le fidèle Eric Woerth pourrait l’avoir mauvaise, lui qui se coltine le rôle ingrat d’animateur des «conventions» du parti, un travail de réflexion sur le projet d’alternance dans lequel Baroin, par ailleurs président de l’Association des maires de France, ne s’investit pas outre mesure. Mais c’est surtout pour Laurent Wauquiez qu’un éventuel «ticket» serait dur à avaler. Grand défenseur des «racines chrétiennes», le numéro 2 de LR a peu apprécié que Baroin se prononce, en sa qualité de président de l’AMF, pour l’interdiction des crèches de Noël dans les mairies. Une question délicate qui risque de mettre dans l’embarras Nicolas Sarkozy, lui qui avait fait installer des crèches dans le hall du siège de son parti en 2014 et en 2015. Qu’en sera-t-il pour le Noël 2016 ? Le probable candidat Sarkozy a huit mois pour y réfléchir…

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