Un patron est censé être quelqu’un de responsable (nous avons bien tenté de féminiser le mot, malheureusement il y a si peu de patronnes que le masculin l’emporte largement). Responsable de son entreprise mais aussi de son image. Dans un monde idéal, il est censé œuvrer pour le bien commun, la préservation de l’emploi, voire le bien-être de ses salariés - et pour les intérêts de ses actionnaires, nous ne sommes pas idiots. Superbe défi.
Mais où est le sens des responsabilités d'un patron comme Carlos Ghosn qui gagne deux salaires pour diriger Renault et Nissan, c'est-à-dire deux plein-temps (physiquement impossible), soit 764 fois le Smic ? Où est le sens des responsabilités d'un patron comme Alexandre de Juniac qui voit sa rémunération augmenter de 65 % en 2015 sans aucune justification si ce n'est celle d'avoir supprimé 5 000 emplois pour tenter de restaurer la santé financière d'Air France ? La seule explication, c'est que certains patrons semblent avoir zappé le bien commun et les salariés en espérant obtenir, contre de gros dividendes, la bénédiction des actionnaires. Dans un monde en crise, crise économique mais aussi crise des valeurs, ces comportements sont non seulement indécents mais ils portent un coup très grave à la cohésion de la société et à l'avenir de l'entreprise. Et expliquent en partie le rejet dont les élites politiques et économiques sont l'objet. On aurait pu imaginer qu'un président de gauche injecte un peu d'éthique et de justice dans tout cela, ne serait-ce que pour gagner en efficacité économique. Mais non. Après avoir fait miroiter au début de son mandat un projet de loi sur les salaires des patrons, François Hollande a calé, préférant se fier - sans rire - à «l'autorégulation exigeante» du patronat, selon les mots d'un ministre de l'époque. En matière de transparence, la France est à la traîne, le grand patron est dans une bulle et ce n'est même pas une garantie de résultat.




