Comme souvent dans les embrouilles adolescentes, la justice n'a pu éclaircir le flou autour de «l'affaire de la jupe». Rappel des faits : le 18 avril, à Gennevilliers (Haut-de-Seine), une adolescente de 16 ans est agressée à un arrêt de tramway par une autre jeune fille, âgée de 19 ans et prénommée Ilham, entourée de ses amies. Gifles, coups de pieds puis de genou mettent la victime à terre – elle perd connaissance. La rixe est filmée par un utilisateur sur l'autre quai, et fait rapidement le tour des réseaux sociaux. En pleine hystérie médiatique autour du voile et de la «mode pudique», le fait divers prend une dimension nationale dépassant largement les protagonistes, Jean-François Copé (député LR) et Gilbert Collard (député FN), entre autres, y voyant des motivations religieuses tout en faisant le lien avec le Hijab Day organisé à Sciences Po le lendemain. La prévenue avait alors réagit à chaud sur BFMTV en assurant que la fameuse minijupe n'était pas à l'origine de la bagarre, assurant au passage qu'elle-même en portait parfois ainsi que des shorts.
«De quoi tu te mêles?»
Selon le compte-rendu d'audience du Parisien, la tenue de la victime n'était finalement pas le mobile de l'affaire, même si elle semble en être le point de départ. La victime a expliqué avoir été d'abord insulté par «un groupe de très jeunes garçons» parce qu'elle portait une minijupe alors qu'elle attendait le tram. Une fois à bord, la «discussion» s'arrête. Une autre commence. Une bande de trois filles, dont Ilham, la prévenue et meneuse du groupe, interpelle l'ado : «Ils voulaient quoi les petits ?» De là, la discussion s'envenime à base de «de quoi tu te mêles», «tu parles pas bien» et «elle peut pas se défendre seule ta copine ?» Ilham et la victime se mettent d'accord pour aller «se régler» à la prochaine station – soit en découdre à mains nues. Avec son impressionant gabarit d'1,85 mètre, Ilham prend facilement l'ascendant, traite la victime de «sale pute» en la frappant. Un violent coup de genou laisse l'ado à terre, des témoins accourent pour mettre fin au supplice. La jeune fille s'évanouit avant l'arrivée des pompiers, mais ses blessures sont finalement sans gravité. A la barre, Ilham, soutenue par une vingtaine d'amis dans la salle face à la victime seulement accompagnée de sa mère, a reconnu les faits et demandé pardon, mais a nié à nouveau un quelconque motif religieux ou vestimentaire. «Elle m'a donné le premier coup, je me suis sentie agressée. Quand j'ai vu la vidéo [sur Internet], je ne me suis pas reconnue», a-t-elle assurée.
Une affaire «tristement banale»
Violence gratuite ou motivée par la tenue vestimentaire de la victime ? A défaut de trancher sur les motivations, le tribunal correctionnel de Nanterre a tout de même condamné mardi l'auteure des coups à six mois de prison (dont deux ferme) et deux ans de mise à l'épreuve pour «violences dans un moyen de transport […] suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours», dans ce qui ressemble finalement plus à un accrochage puéril qui dégénère plutôt qu'une police des mœurs improvisée. Une affaire «tristement banale» où «rien n'est clair» dans ce qui a déclenché les coups, selon la magistrate Camille Laurens. Un verdict néanmoins «sévère», selon l'avocat d'Ilham, Me Hosni Maati, qui a déclaré à 20 Minutes que le tribunal avait voulu «faire un exemple» après la médiatisation de l'affaire, malgré le casier vierge de sa cliente. Une décision, qui, si elle rappelle la complexité humaine derrière chaque fait divers, ne mettra hélas pas un point final aux fantasmes identitaires et sécuritaires des politiques et polémistes en tout genre.




