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Libération
EDITORIAL

Volonté

Publié le 03/06/2016 à 20h31

Il est de bon ton, dans certains cercles économiques orthodoxes ou libéraux, de moquer l’action publique, de dénigrer l’investissement d’Etat, de stigmatiser les «éléphants blancs» financés à grands frais par le contribuable, de rappeler les fiascos réels ou supposés du «plan Calcul» du Général de Gaulle ou les «autoroutes de l’information» naguère promues par Jacques Delors. Le projet de Grand Paris Express, inauguré aujourd’hui, est un démenti cinglant à ces contempteurs de l’intervention collective dans l’économie, d’autant plus qu’il n’a pas été initié par un socialiste soviétoïde ou par un dinosaure du gaullisme à l’ancienne, mais par… Nicolas Sarkozy. Voilà un projet qui va faciliter la vie de millions de Franciliens, donner du travail à quelques dizaines de milliers d’autres, alimenter le chiffre d’affaires de centaines de sous-traitants, densifier l’activité de centres urbains périphériques importants, tout en respectant les normes écologiques et en donnant l’occasion aux architectes et aux urbanistes d’exercer leur grand talent. Financé en partie grâce à la Banque européenne d’investissement, il donne une idée de ce que pourrait être une politique de relance de l’économie à l’échelle de l’Union, à un moment où le continent subit les conséquences délétères d’une croissance lénifiante et d’un chômage de masse. Si l’Europe avait une volonté politique, si ses gouvernements s’accordaient pour lutter enfin de manière coordonnée et efficace contre l’austérité, au lieu de laisser à la Banque centrale de Mario Draghi la totalité de la responsabilité, on pourrait multiplier ce genre de projets bienfaisants et montrer au passage que l’Union n’est pas seulement la mère fouettarde du dogmatisme financier mais aussi un pouvoir politique qui se soucie de l’avenir et du bien-être des peuples dont elle est chargée et qui s’en détachent de plus en plus.

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