Une manifestation sans violences : on n’osait plus y croire. L’action de petites minorités agressives une fois prévenue, la règle démocratique reprend le dessus. Chacun peut afficher sa satisfaction devant une journée qui ressemble - Euro oblige - à un match nul. La palinodie gouvernementale de mercredi aurait pu coûter très cher : une manifestation interdite se tenant tout de même, une police épuisée et débordée, un cortège syndical dispersé à coups de matraques… On a échappé au pire.
Les leaders syndicaux ont fait, en l’espèce, preuve de responsabilité en acceptant ce défilé en forme de tour de stade. L’exécutif a rattrapé in extremis une fausse manœuvre difficilement compréhensible en autorisant ce qu’il se disposait à interdire. Les syndicats peuvent revendiquer une mobilisation toujours vivace, ranimée par la menace d’interdiction. Et le gouvernement constater que les grèves se sont pratiquement arrêtées - elles n’ont jamais réuni une grande proportion de salariés - et que les manifestations ne progressent pas en nombre.
Ce retour à la normale protestataire augure-t-il d’un compromis ? Rien n’est moins sûr. Jean-Claude Mailly en appelle au président de la République, en passant par-dessus la tête de Manuel Valls. Mais l’Elysée et Matignon ont passé un pacte discret avec la CFDT, qui soutient la loi El Khomri à ses risques et périls et qui n’admettrait pas d’être soudain prise à revers par Hollande et Valls. La partie se jouera en fait au Parlement en juillet, dans un tête-à-tête de la gauche avec elle-même, sous l’œil de syndicalistes méfiants. Il est temps qu’elle se termine : on a rarement vu un courant politique aussi acharné à sa propre perte, à un an d’une élection majeure où la droite, sûre d’elle-même, décidée à la rupture libérale, se retrouve en position de grande favorite.




