Une arrivée surprise : dimanche matin, Christiane Taubira s’est pointée à la Fête de l’Huma sans prévenir son monde. Accompagnée de l’humoriste Christophe Alévêque, elle s’est baladée entre les stands. Contrairement à Arnaud Montebourg, la veille, elle n’a pas essuyé de sifflets.
Rien d'étonnant selon un communiste : «Elle représente beaucoup de choses positives pour toute la gauche alors que Montebourg est plus clivant.» L'ancienne garde des Sceaux a marqué une escale, le temps d'un café avec Pierre Laurent, au stand de la Charente. Le secrétaire national du PCF lui a parlé notamment de l'élection présidentielle : il cherche à faire «converger» les forces afin de présenter une candidature commune de la «gauche d'alternative». La tâche s'annonce énorme, pour ne pas dire impossible.
«Clairvoyance». Le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles, croit au poids de Taubira pour faire avancer la situation. «Les conditions de son départ du gouvernement avec son opposition à la déchéance de nationalité permettent indiscutablement de lier beaucoup de personnes à gauche. On surveillera de très près ce qu'elle va dire et faire dans les prochains jours.»
David Cormand, le secrétaire national d'EE-LV, présent tout au long du week-end à la Fête de l'Huma, partage cet avis. Il espère que Taubira, qui incarne une «forme de clairvoyance et de courage à gauche», jouera un rôle «important» dans la course à l'Elysée. Mais il prévient : «Je ne crois pas en la personne cachée qui sort du buisson au dernier moment pour arranger les choses. Si elle veut s'engager, c'est maintenant. Car moins il y a de visibilité et plus ça fait le jeu de François Hollande.»
La visite surprise de Christiane Taubira au parc de La Courneuve risque de faire des jaloux. L'aile gauche du Parti socialiste, réunie samedi et dimanche à La Rochelle pour ses «journées de rentrée», n'a pas eu cet honneur. Comme à la Fête de l'Humanité, les frondeurs ont eux aussi pour objectif de rassembler les anti-Hollande de gauche. D'ailleurs, via Skype, le Parc de La Courneuve était en contact régulier avec La Rochelle tout au long du week-end.
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Le député de la Nièvre, Christian Paul, explique à sa manière l'absence de Taubira : «Elle n'allait pas s'exprimer dans le cadre d'une université d'été où il y a une pression médiatique.» Le chef de file de l'aile gauche socialiste - qui ne veut plus de François Hollande - espère tout de même voir l'ex-ministre de la Justice «aider au rassemblement pour porter l'idée d'une primaire de toute la gauche». Mais pas forcément proposer sa candidature dans un espace qui n'en manque pas - Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche.
«Pression». L'absence de Taubira à La Rochelle ne veut pas dire rupture : elle garde le contact avec les frondeurs. Arnaud Montebourg l'a croisée par exemple à Avignon cet été avant que l'ex-candidate à la présidentielle de 2002 ne reparte passer ses vacances chez elle en Guyane. Montebourg a fait savoir à Taubira qu'il pouvait se ranger derrière elle si elle faisait le choix d'y aller. Mais il en a tiré la conclusion qu'elle n'irait pas. Quant à Benoît Hamon, «j'ai la chance de lui parler. Donc je ne suis pas en manque de Taubira», plaisante-t-il. Plus sérieusement : «C'est une des autorités morales indiscutables aujourd'hui à gauche. Il n'y a pas beaucoup de gens qui imposent naturellement le respect, admet le député PS des Yvelines. Mais une autorité morale, ça ne suffit pas forcément.»
Au fil des discussions, quelques critiques tombent à l'endroit de Christiane Taubira. Notamment sur la question économique et sociale. «Vous savez quelles solutions elle propose pour lutter contre les inégalités ? Le colibri qui sort tous les quatre mois pour faire des citations d'Aimé Césaire, très peu pour moi», s'agace un responsable de l'aile gauche socialiste. Selon lui, il ne faudra compter «ni sur Aubry ni sur Taubira» pour s'opposer à Hollande.




