Même les hollandais les plus inconditionnels réclamaient une forme de mea culpa sur la déchéance de nationalité avant toute nouvelle candidature présidentielle. Dans une interview aux vrais airs d'inventaire publié cette semaine par l'Obs, François Hollande accède – en partie – à leur requête silencieuse, s'expliquant en longueur sur cette mesure annoncée à la surprise générale, trois jours après les attentats de novembre qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis en novembre dernier.
«Je mesure le trouble que cette initiative a pu créer», dit le Président, reprenant en filigrane la justification avancée par l'Elysée tout l'hiver dernier. Après un tel choc, impossible de savoir comment les Français allaient réagir: il fallait une mesure capable d'unir droite et gauche pour éviter tout éclatement du pays. La déchéance comme rempart contre la guerre civile, c'était alambiqué. Mais l'entourage présidentiel s'est tenu mordicus à cette thèse pendant six semaines avant d'abandonner la mesure, faute de majorité suffisante pour réviser la Constitution.
Des regrets politiques
François Hollande concède aujourd'hui dans l'Obs que ce n'était pas efficace pour lutter contre le terrorisme «puisque les terroristes veulent mourir. La déchéance de nationalité n'a donc aucune valeur dissuasive.» Mais, estime-t-il, elle s'inscrivait «dans un plan d'ensemble pour unir le pays, face à une épreuve que nous n'avions jamais connue et à un ennemi qui nous a déclaré la guerre en enrôlant de jeunes Français dressés pour tuer d'autres Français». Il rappelle au passage qu'il s'était opposé à l'extension de la déchéance de nationalité souhaitée en 2010 par Nicolas Sarkozy. Mais «dès lors que la révision constitutionnelle divisait alors qu'elle devait rassembler, j'ai préféré y renoncer». Devant le barrage de la droite et les divisions de la gauche, il y a plutôt été contraint. Et au terme de deux longs mois de déchirements dans sa majorité qui ont laissé la gauche exsangue.
La déchéance, «ça risque, voire ça va lui coûter 2017», estimait il y a quinze jours un membre de Démocratie 2012, l'association regroupant les premiers partisans du chef de l'Etat. A la question «vous regrettez ?», François Hollande, répond d'un «oui» rapide puis louvoie. Analyste en chef de son quinquennat, adepte éternel de la synthèse et tacticien en tout, François Hollande regrette surtout «que la gauche l'ait regardée comme une mesure qui pouvait diviser» et «que l'opposition en ait fait un sujet de surenchère politique». Une contrition politique. Et a minima.




