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Libération
Edito

Loden

Publié le 25/11/2016 à 20h06

«A droite, idiot !» On ne sait si les stratèges de François Fillon ont épinglé dans leur QG ce slogan sarcastique, comme l'avaient fait en leur temps les conseillers du candidat Bill Clinton en affichant au-dessus de leur bureau «the economy, idiot !» pour bien marquer que la campagne de 1996 serait dominée par les questions économiques. En tout cas, les fillonistes auraient pu. Après coup, on comprend que la longue fortune d'Alain Juppé dans les sondages tenait au rôle de recours qu'il occupait dans la primaire : l'homme de droite qui permettait d'écarter Nicolas Sarkozy. Mais à partir du moment où les coups de boutoir que l'ancien président lui portait ont fait douter de son enracinement dans la droite profonde, quand son accointance avec François Bayrou lui a accolé l'étiquette de «centriste mou», un corps électoral avant tout conservateur s'est dit que François Fillon ferait bien mieux l'affaire. Les mouches ont brusquement changé d'âne, causant la surprise de dimanche dernier. C'est ainsi que la droite bourgeoise qu'on pensait reléguée en fond de décor se retrouve sur le devant de la scène. Le loden l'emporte sur la veste casual, la cravate sur le col ouvert, le XVIe arrondissement sur le Xe. Dans ces conditions, Juppé peut-il encore renverser la vapeur ? Il faut craindre pour lui que ce débat télévisé où il a été contraint de commenter d'une voix un peu blanche le programme de son adversaire n'augure rien de bon. «L'identité heureuse» aura sans doute causé son malheur. Décidément, la droite identitaire et chrétienne ne l'aura pas trouvé très catholique. Il faudrait pour le sauver que les modérés fassent preuve d'une soudaine détermination, que les centristes de droite ou de gauche se mobilisent avec l'énergie du désespoir. Ce n'est guère dans leur nature.

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