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Libération
Reportage

Pour Hollande, «rien n'est jamais définitif»

Tulle a accueilli samedi les derniers vœux de François Hollande aux Corréziens. Et vice-versa. Plongée dans 90 minutes de tac-au-tac politique et personnel, pendant lesquelles le Président s'est évertué à brouiller les pistes sur son avenir.

François Hollande à l'inauguration d'un futur Ehpad en Corrèze, le 7 janvier. (Photo Marc Chaumeil.)
Publié le 08/01/2017 à 17h25

Ce n'est plus l'heure des remontrances et des «bon courage». L'ère des «mercis» et de la nostalgie a sonné. Profitant une dernière fois de «leur» Président, les Corréziens ont prodigué samedi à François Hollande une palanquée de bons vœux pour la suite, que personne ne connaît même pas l'intéressé. «Bonne continuation hein», souffle un brushing violet. «Bonne chance pour vos nouvelles occupations», ajoute un manteau de fourrure, sans plus de précisions. Plongé dans un bain de foule où il semble (re)connaître tous les visages embrassés – «Comment va ta maman ? Elle est toujours pas facile ?» – heureux comme un poisson dans le local, le chef de l'Etat non candidat s'évertue à brouiller les pistes, quand ses électeurs lui demandent de revenir sur sa décision de ne pas briguer un nouveau mandat.

Dans la grande salle de l'Auzelou, nichée derrière l'une des sept collines de Tulle, personne ou presque ne le vouvoie, tous lui donnent du «François». «J'espère que tu vas trouver ta place, après, dans tout ce bazar», lui glisse une dame avec qui il vient d'évoquer le village du centre de la Corrèze où il a tenu sa première réunion publique, il y a trente-six ans. A cette époque, le candidat, futur député, maire de Tulle et président du Conseil départemental, vivait dans la grande bâtisse des parents de Michel. «Cet homme a un sens de l'amitié aigü, assure le sexagénaire un peu ébranlé par l'émotion. Pourquoi il arrête, je me demande…» «C'est les sondages mais il en avait un peu marre aussi, non ?» questionne une vieille dame qui, depuis vingt ans, met son réveil chaque jour d'élection pour ne pas louper le président, qui vote dans le même bureau qu'elle à Tulle.

«Ça ne s'arrête pas au mois de mai, tout ça»

«Je n'ai pas fini, ce n'est pas fini, pas encore», morigène Hollande à ceux qui lui offrent des bises un peu trop attristées, lui qui rabroue plus ou moins bien sa propre nostalgie depuis qu'il a posé le pied en Corrèze vendredi après-midi. «Vous connaissez quelque chose qui est définitif dans la vie ? Rien n'est jamais définitif... sauf la fin», philosophe le futur retraité de l'Elysée. «La vie est pleine de défis, ça ne s'arrête pas au mois de mai tout ça», dit-il comme pour se persuader lui-même. Le responsable des transmissions pour la presse s'approche pour demander un autographe à François Hollande, deuxième Corrézien d'adoption à entrer à l'Elysée après Jacques Chirac : «Vous savez, j'ai fait un septennat et un quinquennat.» «Ah, vous n'avez pas de problème de renouvellement vous», réplique le chef de l'Etat, champion du tac-au-tac politique.

De la foule compacte, que six gardes du corps ont renoncé à discipliner, on entend monter de nombreux «Merci pour tout» – de la place en crèche au sauvetage du tribunal de Tulle – et une demi-douzaine de «Merci pour Jacqueline Sauvage». Les quatre-vingt-dix minutes de zigzag erratique donnent lieu à un inventaire totalement subjectif du quinquennat : c'est la «résistance» du Président qui est saluée face aux attentats et aux divisions de la gauche. Ses échecs ou erreurs sont passés sous silence. Ceux qui sont restés pour avoir leur selfie présidentiel sont des convaincus. Et puis à quoi bon, maintenant ? «La déchéance, quelle connerie», lâche quand même un trentenaire.

Claude s'y risque à son tour. Après un éloge de la Sécu qui a remboursé rubis sur l'ongle le traitement coûteux de son épouse contre l'hépatite C, il incrimine les dernières confidences présidentielles qui seraient selon lui à l'origine du renoncement de Hollande. «Non ce n'est pas le livre, c'est à cause des divisions», corrige le président, faisant porter la majeure partie du chapeau à son camp. Du coup, en l'absence de Hollande à la primaire, Claude refuse d'y participer. «Vote, vote quand même, vote toujours», l'enjoint l'ancien Premier secrétaire du Parti socialiste. Claude renâcle : «Pour l'instant c'est définitif.» Hollande insiste : «Rien n'est définitif.»

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