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Récit

Burn-out : police-secours appelle à l'aide dans l'Hérault

A Sète, Agde, Montpellier, Béziers, les fonctionnaires du «17» multiplient les arrêts maladie pour se plaindre notamment de leurs horaires. Tous souhaitent des aménagements, que leur refuse l’administration. Le mouvement s’étend jusqu'à Perpignan (Pyrénées-Orientales).

Yves Fons (à gauche) et Stephane Navarro (à droite), du syndicat SGP Police FO, dans leur local de l'hôtel de Police de Montpellier, Hérault, le 28 février 2017. (Photo David Richard. Transit)
ParSarah Finger
correspondante à Montpellier.
Publié le 02/03/2017 à 14h26

«Environ 100 policiers sont actuellement en arrêt maladie, sur les 150 que comptent les unités de police-secours dans l'Hérault. C'est énorme.» Bruno Bartoccetti, secrétaire régional du syndicat Unité-SGP-Police-FO, prédit que cette «épidémie» va prendre de l'ampleur. Déjà, à Perpignan, une trentaine de policiers seraient arrêtés. Pathologie invoquée : burn-out. «Ces hommes ne vont pas voir leur médecin de gaîté de cœur, affirme-t-il. Chez nous, avouer que l'on va mal, ça relève du tabou.»

Au cœur du conflit : des aménagements d'horaires qui permettraient à ces policiers de ne travailler qu'un week-end sur deux. Actuellement, avec le rythme alternant quatre jours (ou nuits) de travail et deux jours (ou nuits) de repos, ils ne bénéficient d'un week-end complet qu'une semaine sur six. «Cela les exclut d'une vie de famille normale», argumente Yves Fons, secrétaire départemental Unité-SGP-Police-FO. Ce cycle de travail est contraire aux nouvelles directives européennes, souligne le syndicat. «La proposition visant à accorder aux hommes de police-secours un week-end de repos sur deux a été acceptée par le ministère de l'Intérieur lors d'un comité technique national, mais elle n'est pas appliquée par la direction centrale», affirme Bruno Bartoccetti.

«Deux hommes pour 70 000 habitants»

Place Beauvau, on reconnaît volontiers que ce rythme est fatigant pour les hommes et perturbant pour les familles. Mais le ministère avertit : le cycle de travail plus confortable demandé par les policiers ne peut s’appliquer que si les effectifs le permettent. Cette donnée est évaluée par chaque direction départementale. Or, celle de l’Hérault a estimé que, pour l’heure, les effectifs n’étaient pas suffisants.

C'est justement cette décision qui, en début de semaine dernière, a déclenché le mouvement de grogne au commissariat de Sète. «Lorsqu'on a appris que les nouveaux horaires nous étaient refusés, ça a été la goutte de trop, raconte Jean-Jacques (1), 42 ans, dont quinze ans de police-secours. A Sète, on est sans cesse à flux tendu. Certaines nuits, on n'a qu'un seul équipage de deux hommes pour 70 000 habitants. Et avec le système actuel, on n'a que huit vrais week-ends de repos sur l'année. On a l'impression de n'avoir aucun soutien, on est moralement vidés.»

«Sommés de reprendre le travail»

Lundi 27, à Montpellier, une réunion en préfecture a tourné court : «Le préfet reconnaît que ces nouveaux cycles horaires offrant un week-end de repos sur deux constituent un progrès social. Mais selon lui, les effectifs actuels ne permettent pas de les appliquer», résume Stéphane Navarro, lui aussi syndiqué à l'Unité-SGP-Police-FO, et présent lors de cette «réunion pour rien». Sollicitée, la préfecture n'a pas souhaité s'exprimer sur ce dossier. Pas plus que la direction départementale de la sécurité publique.

Il faut dire qu'à l'hôtel de police de Montpellier, l'ambiance serait à couper au couteau. Surtout depuis que les policiers en arrêt maladie ont été convoqués ici, au commissariat, par le médecin-inspecteur. «La quasi-totalité des policiers arrêtés a été sommée de reprendre le travail dès le lendemain», raconte Yves Fons. Parmi eux, Jean-Jacques : «L'entretien avec ce médecin a duré trois minutes. Il a rempli une demande de reprise immédiate de service sans nous poser une seule question sur notre état de santé.»

«Tout le temps sur ses gardes»

Pour le ministère, cette procédure, vu le contexte, est une réponse «classique». Mais elle a été mal vécue au commissariat de Montpellier, au-delà des rangs de police-secours. D'autant qu'ici, la plupart des hommes sont «passés par le "17"», une unité qui assure une mission considérée comme la plus dangereuse du service public. Yves Fons y a travaillé dix ans, cinq de jour, et cinq de nuit : «Quand on part, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Une simple dispute entre voisins, un cas de delirium tremens ou un meurtre. Il faut tout le temps être sur ses gardes. En plus, ces policiers sont en tenue. Alors forcément, l'effet de surprise joue en leur défaveur.»

Tandis que le mouvement semble s'étendre, les syndicats savent déjà qu'on reprochera à ces policiers des arrêts de complaisance. Ils assument. «Seul un immense ras-le-bol explique cette situation, affirme Bruno Bartoccetti. C'est un appel au secours.»

(1) Le prénom a été modifié.

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