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Qui est Jean-Michel Fauvergue, l'ex-patron du Raid qui rejoint Macron ?

Il sera investi par En marche dans la huitième circonscription de Seine-et-Marne. Une entrée en politique étonnante pour l'ancien flic d'élite, à la carrière ternie par l'assaut donné le 18 novembre 2015 contre la planque d'Abdelhamid Abaaoud à Saint-Denis.

Jean Michel Fauvergue, alors patron du Raid, en septembre 2013 dans l'Essonne. (Photo Fred Dufour. AFP)
Publié le 07/04/2017 à 17h49

Et maintenant, l'ancien patron du Raid ! Chaque jour, le pot-pourri des soutiens d'Emmanuel Macron s'étoffe un peu plus. Jusqu'ici, il manquait au candidat d'En marche! une sommité de la police – à l'image de Nicolas Sarkozy recrutant l'ex-taulier du 36, quai des Orfèvres, Frédéric Péchenard. C'est donc désormais chose faite avec Jean-Michel Fauvergue, 60 ans. L'ex-flic d'élite briguera la députation dans la huitième circonscription de Seine-et-Marne. La question étant de savoir si Macron compte désormais faire de sa prise de guerre son «Monsieur Sécurité», au risque de l'envoyer au casse-pipe dans les médias. Car le personnage, décrit comme «bonhomme» et «sympathique» par de nombreux collègues, n'est pas réputé pour son éloquence.

Né le 31 janvier 1957 dans l’Aude, Fauvergue a débuté comme parachutiste au cinquième régiment d’artillerie. Cet adepte du wushu, un art martial asiatique, a ensuite sécurisé plusieurs ambassades de France en Afrique, notamment au Mali et au Gabon, avant de diriger le Groupement d’intervention de la police nationale (GIPN) de Nouvelle-Calédonie.

«Servir sans faillir»

Mais c’est lors de son passage de quatre ans à la tête du Raid, l’unité d’intervention de la police dont la devise est «servir sans faillir», que Jean-Michel Fauvergue se fait connaître. Etonnament, le grand public retient de lui le commandement de l’assaut mené le 9 janvier 2015 contre le jihadiste Amedy Coulibaly à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes. Certes, Fauvergue était factuellement ce jour-là le taulier de la Force d’intervention de la police nationale (FIPN), une structure opérationnelle de coordination déclenchée par le ministre de l’Intérieur. Mais c’est l’homologue du Raid sur le territoire de la préfecture de police de Paris, la brigade de recherche et d’intervention (BRI), qui élaborera le plan d’assaut et abattra le terroriste.

Dix mois plus tard, les deux forces – que d’aucuns s’évertuent à opposer, cherchant à savoir laquelle est meilleure que l’autre alors que leurs hommes s’entraînent souvent communément – voient à nouveau leurs destins liés. Cette fois-ci au Bataclan, où trois kamikazes de l’Etat islamique (EI) abattent 90 personnes. En première ligne, la BRI réalise un second assaut parfait et libère plusieurs otages retenus dans un couloir de la salle de spectacle par Ismaël Omar Mostefaï et Foued Mohamed-Aggad. Mais des membres du commando prennent la fuite, au premier rang desquels le maître d’œuvre des attaques parisiennes, Abdelhamid Abaaoud.

1 576 munitions tirées rue du Corbillon

Le 18 novembre, aux aurores, Raid et BRI remontent au front contre la planque du jihadiste belgo-marocain, de son complice Chakib Akrouh et de sa cousine Hasna Aït Boulahcen, rue du Corbillon à Saint-Denis. Cette fois-ci, c'est le Raid qui est devant. 1 576 munitions seront utilisées ses hommes, laissant supposer d'âpres échanges de tirs avec les terroristes. Dans une interview accordée au Figaro, Fauvergue racontera la progression dantesque de son unité dans le bâtiment, sous les rafales de kalachnikov et les explosions de grenade. Mais des semaines plus tard, une enquête de Mediapart établira qu'outre la ceinture explosive de Chakib Akrouh, seul un pistolet Browning de calibre 9 mm a été utilisé par les «soldats» de l'EI...

Le procès du Raid peut commencer. Jean-Michel Fauvergue et ses hommes sont raillés. Et ce d’autant plus qu’il apparaît probable que l’un des chiens de combat de l'unité, Diesel, ait été abattu durant l'opération par un des... policiers. En coulisses, le procureur la République de Paris, François Molins, soutiendra Fauvergue, expliquant aux ingrats que les terroristes avaient été mis hors d’état de nuire sans qu’aucun mort ne soit à déplorer du côté des civils. En haut lieu, la question se pose néanmoins d’écarter Fauvergue de son fauteuil de patron du Raid. Mais après réflexion, la manœuvre est jugée dangereuse, car elle donnerait du grain à moudre aux détracteurs de l'unité. Finalement, Fauvergue a été remplacé en mars à la tête du Raid par Jean-Baptiste Dulion.

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