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«On est des orphelins de la République»

ParSarah Finger
(à Montpellier)
Publié le 09/04/2017 à 20h46

Pendant la présidentielle, Libération sonde des lieux de la «France invisible». Ce lundi, un centre commercial.

Nous voici à La Paillade, un quartier populaire situé dans le nord-ouest de Montpellier. Sur la petite place du centre commercial, nous retrouvons quelques habitants. Parmi eux, Zahour, 37 ans, psychologue : «Oui, je suis la campagne. Mais j'ai un peu perdu le goût, ces derniers temps… J'ai vu des extraits du débat qui réunissait cinq candidats, j'ai trouvé que la mise en scène ressemblait à l'émission le Maillon faible !» Daouya, 47 ans, divorcée, en recherche d'emploi, se dit, elle aussi, désabusée : «Ça m'effraie de voir à quel point les candidats sont prêts à se faire la guerre entre eux. Ce qui me fait peur, aussi, c'est de voir que mes deux fils de 21 et 23 ans ne veulent plus voter.»

Zahour et Daouya pensent néanmoins aller aux urnes. «Macron a un discours séduisant, il veut redynamiser, dit Zahour. Mais il semble qu'il y ait des choses pas claires dans son parcours. J'hésite entre lui et Hamon.» Daouya, elle, penche pour Mélenchon.

A leurs côtés, deux hommes évoquent les quartiers dans la campagne. «Cette question occupe encore moins de place dans les débats qu'en 2012, juge Nourdine, 40 ans, auteur de pièces de théâtre. Et quand on parle des quartiers, c'est la voie d'entrée pour évoquer le terrorisme.»Face à lui, Lazreg, 37 ans, éducateur, suit cette campagne de près.«Je veux savoir à quelle sauce on va être mangés.» Lazreg est irrité : «Je vois tous ceux qui sont restés derrière, dans ma famille, parmi mes voisins ou amis, et je me dis qu'on est des orphelins de la République. Les quartiers avaient contribué à porter Hollande au pouvoir mais la République ne veut plus d'eux.»

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