Menu
Libération

«Noyé de la Deûle» : des skins accusés

ParStéphanie Maurice
correspondante à Lille
Publié le 04/05/2017 à 20h46

L’affaire avait été classée sans suite. Un suicide, pensaient les enquêteurs. Hervé Rybarczyk, guitariste des Ashtones, groupe lillois de punk-rock, avait été retrouvé mort dans le canal de la Deûle (Nord), en novembre 2011. Il aurait en fait été passé à tabac par un groupe de skinheads.

La semaine dernière, trois membres de l'extrême droite radicale ont été mis en examen pour «violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, en réunion, avec préméditation ou guet-apens et avec arme» , une information révélée mercredi par la Voix du Nord . Ces arrestations ont eu lieu après le démantèlement d'une bande de l'ultradroite en Picardie, jugée en mars pour une série d'agressions. «C'est l'un d'eux qui a dû parler, soit par trouille, soit par bêtise» , estime un proche du musicien.

Il n'a pas été surpris de ces mises en examen. «Je savais qu'il ne s'était pas suicidé , explique-t-il. P ar des fuites, j'avais appris qu'il avait le visage amoché quand on l'a retrouvé. Ce ne pouvait être qu'une agression.» Il ne comprend toujours pas pourquoi l'enquête a été stoppée net. La police judiciaire n'a même jamais été saisie. Certes, le groupe avait déjà été éprouvé par une mort violente, quelques mois auparavant : leur autre guitariste avait été tué par une balle perdue de chasseur, alors qu'il conduisait le van sur l'autoroute de Dijon. Les policiers ne sont pas allés chercher plus loin.

Pourtant, le contexte de l’époque était tendu à Lille. La Deûle était devenue le croque-mitaine des fêtards : quatre hommes y avaient perdu la vie, entre octobre 2010 et septembre 2011, après une nuit arrosée. John Ani, 33 ans, opérateur technique chez SFR, Thomas Ducroo, 26 ans, concessionnaire de motos, Jean-Meriadec Le Tarnec, 22 ans, étudiant en droit, Lloyd Andrieu, 19 ans, étudiant en communication. La rumeur mettant en cause un serial-killer, le «pousseur de la Deûle», à tendance homophobe, avait enflé. John Ani ne cachait pas son homosexualité, Thomas Ducroo sortait d’un bar gay-friendly, et l’Esplanade, où les noyades ont eu lieu, est connue comme un lieu de drague homo. Le procureur de l’époque, Frédéric Fèvre, avait ouvert une information judiciaire, mais les enquêteurs n’avaient rien trouvé. Les décès furent donc considérés comme accidentels et les affaires classées sans suite.

La mort de Hervé Rybarczyk n’a jamais été associée à celle des noyés de la Deûle. Il était plus âgé (42 ans) et son corps avait été repêché dans une autre partie du canal. Selon le parquet, les mises en examen ne concernent que sa mort.

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique