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Administration : les hauts fonctionnaires priés d’être loyaux

Le nouveau chef de l’Etat prévoit de remanier la haute administration, via des contrats d’objectifs et une ouverture à des figures du privé.

Publié le 14/05/2017 à 20h56

Dans le petit monde feutré de la haute fonction publique, la mise en garde n'est pas passée inaperçue. «Dans les deux premiers mois du quinquennat, je changerai ou confirmerai l'intégralité des postes de direction dans la fonction publique, avait déclaré le candidat Emmanuel Macron aux Echos le 24 avril. C'est une mise sous tension de l'appareil d'Etat.» Une déclaration dans laquelle beaucoup ont vu l'annonce d'une version française du spoil system (système des dépouilles), cette pratique américaine qui veut qu'à chaque alternance, le nouvel élu nomme aux postes clés de l'administration des fonctionnaires en phase avec son programme. Un grand ménage qui peut concerner jusqu'à 4 000 postes outre Atlantique : Barack Obama avait ainsi procédé à 3 500 nominations après son investiture en 2009.

En France, on estime à 250 le nombre de postes concernés, si l'on s'en tient à ceux pourvus en Conseil des ministres. Mais à la différence des Etats-Unis où nombre de patrons d'administrations sont recrutés dans le privé, la quasi-totalité de ces derniers sont en France des fonctionnaires de carrière, réputés neutres et loyaux envers leur tutelle. «A quelques rares exceptions près et qui concernent en général des postes régaliens comme à l'Intérieur ou la Justice, on peut s'attendre à ce que la plupart de ces grands serviteurs de l'Etat soient confirmés, et ce d'autant plus que la plupart ont été nommés sous le dernier quinquennat, au cours duquel Emmanuel Macron a joué un rôle actif, pronostique un haut fonctionnaire, fin connaisseur de ces jeux de chaises musicales. La seule différence, c'est que le nouveau président annonce la couleur.»

Emmanuel Macron, qui entend s'appuyer davantage sur l'administration et a annoncé son intention de réduire la taille des cabinets ministériels, va mettre en place une sorte de contrat d'objectifs entre ministres et hauts fonctionnaires afin que ces derniers «endossent» clairement la feuille de route décidée par le politique. Que ceux qui s'opposent quittent leur poste et que les autres s'investissent sans ambiguïté dans leur tâche. «C'est une bonne chose que l'exécutif s'assure à chaque grande élection que les têtes de l'administration n'ont pas de problème à mettre en œuvre sa politique. Cela va mieux en le signant, poursuit notre haut fonctionnaire. Mais il faut l'entendre dans les deux sens : loyauté de l'administration vis-à-vis du politique mais également obligation pour ce dernier de fixer une feuille de route claire aux hauts fonctionnaires sous son autorité. Or cela n'a pas toujours été le cas, loin de là.» Le candidat Macron avait par ailleurs annoncé sa volonté de recruter «un quart au moins des DAC» (directeurs d'administration centrale) hors fonction publique, sur la base «d'appels à candidatures ouverts». Un changement culturel qui serait de taille et rapprocherait pour le coup la France du modèle américain.

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