Et de trois. L'homme d'affaires Marc Ladreit de Lacharrière, propriétaire de la Revue des deux mondes, a été mis en examen vendredi par les trois juges d'instruction en charge du dossier Fillon. Il est soupçonné d'abus de biens sociaux dans le cadre de l'enquête sur le possible emploi fictif de Penelope Fillon, épouse de l'ex-Premier ministre, le couple étant déjà mis en examen.
Comme l'a révélé le Journal du dimanche, les trois juges ont auditionné durant une dizaine d'heures le PDG du groupe Fimalac, vendredi, sur le rôle supposé confié à Penelope Fillon entre mai 2012 et décembre 2013, période durant laquelle celle-ci a été employée par la revue de Ladreit de Lacharrière, pour 5 000 euros brut mensuels. A ce stade, les juges estiment que Penelope Fillon a bien bénéficié d'un «emploi de complaisance».
Finance. Homme de réseaux aussi bien à droite qu'à gauche, collectionneur d'art et mécène, 726e fortune mondiale en 2016 selonForbes - et 23e française selon Challenges qui l'estime à 2,25 milliards d'euros -, Marc Ladreit de Lacharrière se serait bien passé de cette procédure judiciaire qui constitue pour lui une première. Discret, cet énarque passé par L'Oréal doit sa fortune au groupe Fimalac (pour Financière Marc Ladreit de Lacharrière ) qu'il fonda en 1991 et avec lequel il acquit la troisième agence financière mondiale, Fitch Ratings (dont il a cédé l'essentiel de ses parts).
A la tête d’un holding familial au portefeuille de participations multiples (40 % du groupe d’hôtels et de casinos Barrière), l’homme d’affaires s’est diversifié ces dernières années dans le Web avec Webedia (Allociné, Pure People, Jeuxvideo.com, etc.) et dans les spectacles. Cet homme de la finance très investi dans la culturese dit l’ami de François Fillon depuis une quinzaine d’années. Durant la campagne présidentielle, Fillon a reconnu que Fimalac était un client de sa société de conseil, 2F Conseil, et que Ladreit de Lacharrière lui avait octroyé un prêt personnel de 50 000 euros.
La version de Marc Ladreit de Lacharrière sur les activités supposées de Penelope Fillon contredit celle de l'ancien directeur de la Revue des deux mondes, Michel Crépu, auditionné le 27 janvier. Ce dernier avait affirmé aux enquêteurs que Ladreit de Lacharrière lui avait téléphoné pour lui dire que «Mme Penelope Fillon aimerait bien écrire des petites notes critiques car elle s'ennuyait». D'après des sources proches du dossier, «une dizaine de notes et fiches de lecture ont été retrouvées», mais seules deux recensions ont été publiées dans la revue sous le pseudonyme de Pauline Camille. Penelope Fillon, qui a admis ne s'être jamais rendue dans les locaux du magazine littéraire mais y avoir perçu un salaire «généreux», aurait aussi eu un rôle de conseil éditorial occulte, sous la forme d'entretiens informels avec Ladreit de Lacharrière, qui voulait relancer cette publication.
Transparence. On attend maintenant les confrontations entre les différents protagonistes de cette affaire, qui devront également s'expliquer sur la fin du contrat de Penelope Fillon dans la revue fin 2013, juste après le vote de la loi de moralisation «anti-Cahuzac» imposant aux parlementaires de déclarer à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique l'emploi de leurs conjoints.




