Quelle trace cette passation de pouvoir va-t-elle laisser dans notre mémoire collective ? Entre l'ex-président et son ex-collaborateur, devenu en quelques mois son ministre, son concurrent puis son successeur, il y avait là une trame aussi inédite que romanesque. Une filiation politique trahie et non assumée qui n'attendait qu'une image pour être immortalisée. Cette cérémonie a minutieusement gommé toute cette dramaturgie. A l'exception d'un Emmanuel Macron qui applaudit un François Hollande en train de remonter dans sa voiture. Le nouveau président s'en est remis au protocole. Ce fut un impeccable sans-faute. Tout avait été pensé et calculé pour donner à cette journée une gravité présidentielle. Cela fait partie du charme ou des ambiguïtés de ce jeune président de 39 ans : sa modernité est d'un désarmant classicisme. Il ne s'en cache pas. Il revendique tout l'héritage de cette Ve République, que beaucoup jugent à bout de souffle.
Nicolas Sarkozy avait essayé de la moderniser. François Hollande de la désacraliser en lui donnant une allure plus «normalisée», plus proche des Français. Tous les deux ont échoué. Macron, lui, veut la Ve République, toute la Ve République. Il croit à la verticalité du pouvoir, assume sa dimension militaire et autoritaire. Bref, il veut être, comme il l'a plusieurs fois proclamé, un «président qui préside». Derrière cette tautologie macronienne se dissimule en réalité un immense défi : gouverner à la bonne hauteur. On connaît les indémêlables ambivalences des Français en la matière : ils veulent tout et le contraire de tout. Un président au-dessus de la mêlée et un président qui plonge les mains dans le cambouis. Ils détestent quand il se mêle de tout, mais l'interpellent à chaque problème. D'autant que la vie démocratique bat au rythme fou de l'information en continu et des réseaux sociaux.
Macron assure que sa parole sera rare. Qu'on ne l'entendra pas à tort et à travers. Il faudra alors qu'il accepte que son futur Premier ministre assume ce rôle et donc, lui fasse de l'ombre. Ce qui est la négation même de la Ve République.




