Libération suit la campagne de Sébastien Nadot, prof de gym et candidat néophyte de La République en marche en Haute-Garonne.
«Je suis un bébé Macron, une déclinaison locale du nouveau président. Bien conscient d'avoir été choisi parce que je lui ressemble, y compris sur le côté belle gueule. Je suis la page que l'on tourne par rapport à une histoire ancienne.» Silhouette affûtée dans son costume gris ajusté, teint hâlé et regard charmeur, Sébastien Nadot, 44 ans, candidat de La République en marche (LREM) dans la 10e circonscription de Haute-Garonne, assume son style premier de la classe. Lauréat au concours préparatoire de l'ENA, membre du Conseil économique, social et environnemental, ce prof agrégé d'éducation physique, payé 2 500 euros net par mois, a pris un congé sans solde pour faire la campagne des législatives. Il était le (petit) candidat à la présidentielle du mouvement des progressistes de Robert Hue. Mais il n'a pas obtenu les 500 signatures.
Ici, En marche est arrivé largement en tête au premier tour de la présidentielle. Mais sur ce territoire tenu à la fois par Alain Chatillon, sénateur et maire UDI de Revel, Kader Arif, député PS sortant, et Georges Méric, président PS du département, il va falloir mettre la main à la pâte. «Ce n'est pas tout d'avoir une bonne tête, des diplômes et d'avoir conseillé le nouveau président sur son programme éducatif. Ici, personne ne le connaît. Pour les gens, Macron, c'est Paris, la télé», tacle l'un des animateurs de son comité de soutien, «recalé» à l'investiture.
Quatre semaines d'ici au premier tour des législatives : le temps est compté. Régime à base de pâtes et «totale disponibilité» : «C'est un sprint auquel je me suis préparé, affirme Nadot. Dès demain, je serai 24 heures sur 24 sur le terrain, notamment dans les communes rurales, où le score du FN a encore progressé.» Affiches et compte de campagne, profession de foi, tracts, site internet, réseaux sociaux : pour emporter le morceau, le candidat bénéficie de la machine de son parti. Samedi, Nadot a passé la journée à Paris. Au programme : le discours de Macron et des réunions sur le financement de la campagne, le management des équipes locales et des éléments de langage sur les décisions par ordonnances du Président. «Pour expliquer que ce ne sont pas des oukases, mais une activité parlementaire en accéléré. La première concernera la transparence des élus.»
Optimiste, Nadot se voit déjà à l'Assemblée. «La place d'un député est à Paris, pour travailler à l'élaboration des lois. Elle est de défendre son territoire quand une entreprise est en difficulté. Pas de se fabriquer un réseau d'élus locaux pour assurer sa réélection. Si je suis élu, ce sera un one shot.» A l'heure de la pause saucisson-bière-fromage dans un café d'Escalquens, l'avenir immédiat est plus terre à terre. «Et demain, où va-t-on ?» demande-t-il. «Le matin, on a prévu une visite au PMU de Baziège et d'aller à la sortie de l'école en fin d'après-midi», lui répond l'un des animateurs de sa campagne, un retraité, ancien encarté PS.




