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Libération

A l’épreuve du terrain

ParJean-Manuel Escarnot
(à Toulouse)
Publié le 16/05/2017 à 19h56

Libé suit la campagne de Sébastien Nadot, prof de gym et candidat néophyte LREM en Haute-Garonne.

Sur les bords du canal du Midi, où elle pose pour la photo de l'affiche de campagne, Laura Manole, 40 ans, la suppléante de Sébastien Nadot, candidat de La République en marche (LREM) en Haute-Garonne, semble un peu déboussolée. Contrôleuse de gestion dans une société sous-traitante d'Airbus, cette Franco-Roumaine travaille à Labège, une technopole de la banlieue toulousaine. Elle a été désignée la veille sur un coin de table d'un café du Lauragais. «C'était la première fois que je rencontrais Sébastien. On s'était seulement parlé au téléphone. Jusque-là j'avais juste soutenu la campagne d'Emmanuel Macron dans mon comité d'Escalquens», explique-t-elle. «Ça s'est fait un peu à l'arrache, confirme Nadot. Je l'ai choisie pour son côté nature. Elle présente bien et c'est une battante, un visage nouveau. Elle a un super CV. Elle s'est intégrée grâce à ses diplômes. Je lui ai proposé la place et accordé deux heures pour me donner sa réponse, après avoir vérifié qu'elle était clean sur le plan judiciaire.»

Mère de deux petites filles, mariée à un ingénieur roumain rencontré à l'Ecole polytechnique de Bucarest, elle a consulté son patron avant d'accepter : «Il m'a dit de foncer. Il sait que mon travail n'en pâtira pas. Lui aussi, il a envie que les choses changent.»

Installée en France depuis quinze ans, la jeune femme avait 13 ans lors de la chute du régime de Ceausescu : «En Roumanie, les gens ont cru au changement et à la révolution. Au final, ils ont été trompés par les nouveaux dirigeants élus démocratiquement qui se sont retrouvés impliqués dans des affaires de corruption. En France, c'est un peu pareil, les gens attendent beaucoup de Macron.» Elue d'un petit syndicat indépendant de sa boîte, Laura Manole se dit pour un «assouplissement de la loi travail» garantissant à la fois «le statut des employés et les réalités de l'entreprise». La séance photo à peine achevée, elle repart à son bureau.

Deux heures plus tard, Nadot et son directeur de campagne, Reda Zitouni, 46 ans, consultant en cybersécurité, sont dans le bureau de Jean-François Roussel, 66 ans, maire sans étiquette de Baziège (3 000 habitants). Du concret. L'élu se bat depuis trois ans pour démolir l'ancien silo à grains classé monument historique et créer une place commerçante. «Le permis est bloqué par l'architecte des Bâtiments de France et la préfecture, déplore-t-il. Si vous êtes élu, que ferez-vous ?» «Je ne vous promets pas de faire pression sur eux en passant par l'un de nos ministres, répond Nadot, mais si vous montez un projet soutenu par une majorité d'habitants, je vous aiderai.» Après avoir échangé sur la modification de la loi sur les rythmes scolaires, la réunion s'achève. «S'il m'avait annoncé qu'il allait faire jouer ses relations à Paris, je ne l'aurais pas écouté plus longtemps, glisse le maire entre deux portes. Les gens attendent beaucoup du changement Macron. S'ils sont déçus, ça va faire mal.»

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