La rupture est consommée. Ce mercredi matin, plus d'une trentaine de députés élus sous les étiquettes LR ou UDI doivent se retrouver à l'Assemblée pour proclamer la constitution d'un nouveau groupe parlementaire. A côté de la majorité LREM, ce groupe a l'ambition de fédérer une sensibilité de centre droit soucieuse de contribuer à «la réussite du quinquennat» tout en restant fidèle aux «valeurs» de leurs familles politiques. Soutiens «vigilants» d'Emmanuel Macron, ces «constructifs» ont été encouragés dans leur démarche par le Premier ministre, Edouard Philippe.
Les principaux artisans de cette construction, Thierry Solère et Franck Riester, sont de très proches de l'ancien député-maire LR du Havre. Le sarkozyste Guillaume Larrivé, fidèle à la ligne de franche opposition portée par le président sortant du groupe LR, Christian Jacob, ne s'émeut guère de cette scission qu'il jugeait inévitable : «Il y aura un groupe philippiste à l'Assemblée nationale. Edouard Philippe en aura besoin pour exister.» Le 4 juillet, la plupart de ces «constructifs» devraient voter la confiance au gouvernement. Si certains pourraient s'abstenir, aucun ne devrait choisir de censurer le Premier ministre.
Boîtes saturées
A l’inverse, les 80 députés restés fidèles à LR devraient, eux, dire non à la confiance, démontrant ainsi qu’ils sont bien dans l’opposition. En attendant, ils seront invités ce mercredi à réélire Christian Jacob pour un troisième mandat de président de groupe. La droite «canal historique» n’entend manifestement pas céder à la mode du renouvellement…
Solère et Riester auront dû batailler ferme pour convaincre leurs collègues. Depuis lundi, ces derniers sont sollicités jour et nuit par les pro et par les anti «constructifs». On s’appelle, on se rappelle et les boîtes vocales saturées préviennent qu’elles ne prennent plus de messages. Les députés comme Pierre-Yves Bournazel et Laure de La Raudière, victorieux aux législatives sans avoir à affronter un concurrent LREM, sont naturellement dans le groupe philippiste, tout comme les élus LR qui ont remplacé le Premier ministre au Havre, Agnès Firmin le Bodo, et le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin à Tourcoing, Vincent Ledoux.
Négociations
Mardi soir, les «constructifs» étaient encore engagés dans de difficiles négociations avec les centristes susceptibles de les rejoindre. Plus de la moitié des 17 députés du groupe UDI seraient prêts à sauter le pas, y compris le président du parti, Jean-Christophe Lagarde. Mais cette fusion entraîne aussi une fusion des responsabilités. Reste, ultime mais douloureux arbitrage, à décider qui seront les chefs.




