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Libération
Éditorial

Ombrelle

Publié le 04/07/2017 à 21h06

Autant le cap du chef de l’Etat était fumeux, autant la feuille de route du Premier ministre était censée être accessible à tous les citoyens qui veulent s’intéresser à nos débats démocratiques. Edouard Philippe a fait la démonstration que moins on parle d’en haut, plus on a de chance de parler clair. Son hommage appuyé à Richard Descoings, l’ex-directeur de Science-Po, n’était pas là par hasard. Il voulait rappeler que la politique du concret n’est pas antinomique avec l’exigence d’une ambition. On se souvient que sa politique de promotion des élèves issus des quartiers difficiles, quitte à leur aménager une voie d’accès réservée, avait à l’époque soulevé des haut-le-cœur à droite et des haussements d’épaule à gauche. Elle était macronienne avant l’heure. Des vaccins obligatoires, un paquet de cigarettes à 10 euros, une présélection pour l’accès à l’université, le transfert des charges salariales sur la CSG, un effort pour les réseaux de transports de proximité… On peut moquer cette grande quincaillerie désidéologisée. Ou regretter qu’elle ne dessine pas un projet global de société. Mais elle est en phase avec une partie des Français qui doutent du sacro-saint clivage gauche-droite. Le pouvoir macronien aime les mots de «courage», de «réalité», de «vérité», ou de «diagnostic partagé»… et pourtant il continue d’être d’une incroyable discrétion quand il s’agit d’évoquer les mauvaises nouvelles. C’était vrai avec la loi travail. C’est toujours vrai avec ce discours. Edouard Philippe avance masqué. La suppression programmée du nombre de fonctionnaires ? Pas un mot. La redéfinition des missions de l’Etat ? On aurait aimé savoir lesquelles. La mise en cause du budget de la politique de l’emploi ? Quid alors des emplois d’avenir ? La politique du concret n’est pas honteuse. Mais à une condition : qu’elle n’utilise pas l’ombrelle de la modestie pour mieux dissimuler aux Français ses véritables objectifs.

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