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Et maintenant la taxe couches-culottes…

La communauté de communes Terres du Lauragais, près de Toulouse, demande aux assistantes maternelles de payer afin de financer le surplus de couches (et de pots de yaourt) qui se retrouvent dans leurs poubelles.

. (Photo Didier Pallages. AFP)
Publié le 28/07/2017 à 17h33

C’est vrai, un bébé est un gros pollueur qui s’ignore, lui qui se soulage dans quelque 6 000 couches lors de ses deux premières années. Mais de là à en faire toute une histoire… C’est pourtant bien ce à quoi se sont livrés les élus de la communauté de communes Terres du Lauragais, près de Toulouse, en votant le 11 juillet dernier une «taxe couches-culottes». Si, si. Leur projet : faire payer 92 euros par an (en plus d’une redevance dédiée aux ordures ménagères) aux assistantes maternelles afin de financer le surplus de couches (et de pots de yaourt) qui se retrouvent dans leurs poubelles. On croit rêver, mais non.

L’idée de cette redevance était dans les tuyaux depuis avril 2016, mais jusque-là repoussée suite à une levée de boucliers des assistantes maternelles concernées. 108 d’entre elles s’étaient alors regroupées en un collectif pour faire pression sur les élus et lancer une pétition qui a rassemblé plus de 15 000 signatures. Rien à faire, voilà la taxe relancée.

Des taxes encore des taxes

Dans la lettre adressée le 24 juillet aux assistantes maternelles, la communauté de communes des Terres du Lauragais justifie ainsi sa taxe : «La collectivité a la possibilité de facturer une personne qui utilise le service des ordures ménagères au titre de son activité professionnelle et au titre privé, même si elle exerce son activité professionnelle sur son lieu de résidence.»

La communauté s'appuie sur une réponse du ministère de l'Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales qui lui avait donné raison en septembre en indiquant «qu'il est possible d'assujettir les assistantes maternelles au règlement d'une redevance au titre des déchets produits par leur activité professionnelle qu'elle soit exercée à leur domicile ou dans le cadre d'une maison d'assistantes maternelles».

Compostage

Dans le camp des nounous, forcément, la grogne monte. «Cette redevance est une véritable dérive, car les parents payent déjà cette taxe», a ainsi pesté Eliette Pujol-Théron, assistante maternelle à Villefranche-de-Lauragais sur France Bleu : «Est-ce que cette mesure va aussi s'appliquer aux personnes âgées ou handicapées qui portent des couches ? On nous demande de payer cette redevance qui s'applique aux entrepreneurs et artisans alors que nous ne sommes que salariés.» La même Eliette Pujol-Théron a poursuivi sur Franceinfo :«Quand vous achetez votre couche ou votre pot de yaourt, il faut savoir qu'en magasin vous allez payer cette taxe, qui est de 30 centimes sur les couches.» Et de s'emporter : «Vous allez la payer une première fois en passage en caisse, vous allez la payer chez vous quand vous allez payer vos ordures ménagères et, là, on vous demande de la repayer une troisième fois chez l'assistante maternelle. On va la payer combien de fois cette taxe ?»

Le Collectif des assistantes maternelles, qui menace de répercuter la facture sur les parents, a décidé de saisir le tribunal administratif. Dans l'attente d'un règlement de cette affaire de corne-couches, Libération en profite pour signaler aux élus de la communauté de communes Terres du Lauragais, une initiative nettement plus sympathique de la ville de Toronto, qui invite les propriétaires de bébés (ça marche aussi avec les nounous) à déposer les couches souillées des bébés dans des poubelles de compostage. Car sept mois plus tard, leur précieux contenu devrait servir à fabriquer du terreau redistribué dans les espaces de verts de la ville. Cacarrément super.

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