Le parti du Président sanctionné sur la forme. La République en marche (LREM), qui espérait annoncer mardi avoir obtenu le feu vert de ses adhérents pour entamer une mue organisationnelle en ligne avec la culture très control freak d'Emmanuel Macron, va devoir prendre son mal en patience. Saisi le 25 juillet par des marcheurs en colère d'une demande d'annulation du vote sur les nouveaux statuts du mouvement, le tribunal de grande instance de Créteil (Val-de-Marne) a rendu une décision mi-chèvre mi-chou : la consultation est validée. En revanche, le vote devra être prolongé de quinze jours, faute pour le parti de ne pas avoir respecté un délai d'un mois entre la convocation des adhérents et le scrutin.
Pour les plaignants, c'est une petite victoire. «On a joué notre rôle de lanceurs d'alerte, se félicite l'animateur de comité parisien et fer de lance de la contestation Rémi Bouton. On a braqué les projecteurs sur l'absence de démocratie interne que consacrent ces nouveaux statuts et sur les insuffisances de l'actuelle direction : organiser un vote, en urgence au cœur de l'été, sur une base électorale pas saine, puisque certains adhérents ont pu voter jusqu'à dix fois, c'est n'importe quoi.»
Depuis le 8 juillet, la gronde monte au sein de LREM. Ce jour-là, bon nombre des 3 200 animateurs du mouvement découvrent avec incrédulité le contenu des nouveaux statuts du parti. Plusieurs des ingrédients à l’origine du succès du parti de Macron sont au menu : parité des instances, non-cumul des mandats, maintien de l’adhésion gratuite et possibilité de double appartenance partisane. Manque néanmoins l’essentiel. A rebours complet de la démocratie participative célébrée par son candidat, la base est marginalisée dans la future gouvernance : seuls 25 % des sièges du conseil national - le parlement du parti - sont réservés aux adhérents (sur tirage au sort) ; la direction garde la main sur les 75 % restants, répartis entre référents territoriaux (les préfets En marche) qu’elle désigne et élus dont elle décide l’investiture…
Plus fort encore : à la différence du PS ou de LR, les élections internes sont proscrites. Pour calmer les troupes, la direction lâche un peu de lest en facilitant les saisines par la base.
Mais pas suffisant pour apaiser tous les esprits. «On a fait campagne sur la démocratie participative et on ne l'applique pas dans notre propre parti. Ce n'est pas acceptable», s'indigne Jeanne Dupendant, une des 32 signataires du recours en justice. «Cette centralisation est voulue, assume Me Jean-Pierre Mignard, un des juristes à avoir planché sur la nouvelle architecture du parti. Cela doit permettre d'éviter une pétrification du débat d'idées dans des représentations de courants, comme on a pu l'observer au PS ou chez LR. Notre souci a été d'assurer la cohérence entre la ligne du parti et le Président.»
De l’avis même des contestataires, bien que le scrutin ait été prolongé de quinze jours, son issue ne fait guère de doute. Reste que la mise au jour de ce manque de démocratie interne de LREM pourrait, en l’absence d’aménagement des règles, doucher beaucoup d’enthousiasmes. Un petit caillou dans le jardin du Président.




