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«120 BPM»

Julien Herbin (Julien), né en 1980 : «Le film m'a mis du plomb dans la tête»

Julien Herbin, le 16 août à Paris. (Photo Marguerite Bornhauser)
Publié le 20/08/2017 à 18h56

«L'idée de relais est très importante pour ce film. S'il compte, c'est parce qu'il véhicule de la mémoire émotionnelle - le reste, c'est pour la Sécurité sociale. Robin [Campillo] m'avait repéré sur Facebook, et je suis allé au casting du film en me disant : "Tiens, ce film va parler à ma vie personnelle." J'ai vécu les courbatures de la mort, les cauchemars la nuit. J'ai vécu les taches de tristesse que d'autres appellent Kaposi. J'aurais pu mourir trois fois en dix ans. J'ai traversé des saisons en enfer et Robin m'a dit : "Ça va peut-être te permettre de vivre la vérité sans tabou." Aujourd'hui, on est une génération qui peut devenir indétectable, qui se soigne, qui ne contamine plus personne. Mais on peut avoir les mêmes cauchemars que les gens des années 80-90, les mêmes problèmes émotionnels. Le facteur "mort" en moins. Car au fond, on ne guérit de rien, on se soigne. La maladie est verrouillée, mais les peurs, l'acception de sa mort, la peur de ne pas s'être vraiment rencontré, elles restent là. Même si ce que eux ressentaient à l'époque n'était peut-être pas du domaine de la peur, mais du regret de ne pas pouvoir continuer à rire, à vivre, à respirer. C'est pour cela que c'est bien que le film fasse de leur mort le contraire d'une conclusion. 120 BPM est l'histoire de héros modernes. Ils ne sont pas que des séropositifs, mais des caractères différents, avec des symptômes différents. Dès que j'ai compris qu'il allait s'agir d'un groupe, je me suis dit que c'était très bien. Dans les réunions en amphi, il y avait ce système de passage, de pont, qui abattait l'isolement.

«Qu’est-ce que ça fait d’incarner une génération condamnée ? Ça rend plus fort. Quand on croise la mort, on enclenche le compte à rebours, ça nous amène à vivre plus vite, à tout avouer, tout dire. C’est aussi ça, être un héros moderne : tout dire. Le film m’a mis du plomb dans la tête. Avant, j’avais plutôt tendance à rêver, mais il y a un temps pour la mélancolie et un temps pour l’action, et ce film a actionné une volonté de dire des choses à mon tour. Je vais tourner mon propre film, qui aborde l’idée d’acceptation de la mélancolie. Pour moi, militer, c’est au quotidien, dans un déjeuner, sur le trottoir en marchant. Parler d’amour, c’est militer - quand l’amour est infecté, continuer d’en parler. Mais très concrètement, j’aimerais aussi que la mairie de Paris s’empare du sujet pour construire une fondation LGBT, avec toutes les archives, les témoignages, comme il en existe déjà à San Francisco ou Berlin. Pour qu’elle soit à disposition des nouvelles générations. Ce serait bien que le film ait cet effet-là.»

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