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Critique

Amiante : «Les Sentinelles», des vies de luttes parallèles

(Photo Destiny Films)
Publié le 06/11/2017 à 20h36

«J'ai voulu, avant tout, mettre de l'humain dans mon film», explique Pierre Pézerat. Dans cet émouvant documentaire, en salles ce mercredi, le réalisateur tend son micro aux victimes oubliées de l'amiante. Ouvriers malades, veuves, tous attendent depuis des décennies une condamnation des responsables de ce scandale sanitaire qui a emporté tant de leurs proches. Leurs paroles résonnent avec celles d'autres victimes, comme ces ouvriers de la coopérative bretonne Nutrea Triskalia, atteints d'hypersensibilité aux produits chimiques à cause des pratiques frauduleuses de leur employeur, qui déversait des pesticides interdits pour cacher la pourriture de ses céréales.

Le parallèle entre ces luttes est troublant. Les victimes suivent le même parcours du combattant pour réussir à faire reconnaître leurs maladies professionnelles. Elles affrontent le même déni de nombreux médecins, qui préfèrent prescrire des analyses psychiatriques plutôt que pointer du doigt leur travail. Elles s'opposent aux mêmes stratégies du doute montées par les industriels à l'origine de leurs empoisonnements. Et surtout, elles se retrouvent démunies face à des pouvoirs publics qui les ignorent, et à une justice qui oppose à leur souffrance des arguments juridiques déshumanisés. Point culminant du documentaire : la rencontre entre l'exploitant agricole Paul François, aux idées politiques penchant à droite, et Jean-Marie Birbès, ancien ouvrier dans une usine Eternit d'amiante et syndicaliste CGT. Le mur social dressé entre ces deux mondes se brise rapidement, quand chacun témoigne et retrouve chez l'autre les douloureux obstacles d'une vie à se battre contre la machine administrative et judiciaire.

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